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Fidel Castro, "vieillard irréparable" dans les brumes du passé

Bertrand Le Gendre (Editorialiste)

Jueves 30 de septiembre de 2010


Fidel Castro donnant un discours, le 3 septembre 2010, à La Havane.

A 84 ans, malade, rabâchant le passé, Fidel Castro a une fois de plus surpris les analystes. On le croyait définitivement sorti de scène. Il prétend de nouveau au premier rôle, au détriment de sa doublure, son frère Raul, 79 ans. On le disait muet pour toujours. Le voici multipliant les déclarations tonitruantes, savourant, comme si de rien n’était, ses provocations.
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Le Lider Maximo est toujours aux commandes. Tel est le message que suggèrent ses dernières apparitions en public après plus de quatre ans d’absence. Elles montrent que le cadavre de la révolution cubaine bouge encore, la preuve, son leader a troqué son survêtement de retraité contre son treillis vert olive. Voilà pour l’apparence. Dans les faits, ses récentes sorties en public disent l’inverse de ce qu’elles veulent prouver. Elles peignent un "Fidel" en marge de l’Histoire, lui qu’elle a tant courtisé.

La superstar des bouillonnantes années 1960 n’est plus. De l’icône de la révolution, il ne reste qu’un dictateur égaré, que l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez a décrit avec prescience, voici plus de trente ans, dans L’Automne du patriarche (Grasset, 1976). Dans une petite île des Caraïbes rongée par la misère, un tyran sans âge - il a "entre 107 et 232 ans" - regarde, la mémoire embrumée, le pouvoir et la vie lui échapper.

Cette référence à Garcia Marquez, l’ami de "Fidel", suggère que les dernières déclarations du Lider Maximo relèvent moins de la politique que du romanesque. Dans cette fiction de lui-même, Castro campe un personnage tragi-comique qui court, en vain, après sa gloire passée.

Nostalgique de l’époque où ses foucades passaient pour des traits de génie, il a multiplié les propos déroutants depuis qu’il est réapparu en public le 7 juillet. Il parle de la situation faite aux Roms, en France, comme d’un "holocauste racial". Affirme que "le modèle cubain ne marche plus" (avant d’expliquer qu’on ne l’a pas bien compris). Et réécrit l’histoire : c’est par " sacrifice" pour le camp socialiste, répète-t-il, qu’il aurait accepté, en 1962, que les Soviétiques installent à Cuba des fusées à tête nucléaire, à 150 kilomètres des côtes américaines.

Ces divagations n’empêchent pas les observateurs de se demander ce que cache ce retour à la lumière. Compte-t-il reprendre les rênes du pouvoir qu’il a été contraint d’abandonner en 2006, miné par une grave maladie intestinale dont il a miraculeusement réchappé ? Raul Castro, qui a pris la relève, en a profité pour lancer une série de réformes dont les spécialistes se demandent si Fidel veut les freiner, les saboter ou les couvrir de son magistère.

D’ici au 1er avril 2011, 500 000 fonctionnaires (sur 11 millions d’habitants) seront licenciés, a décrété Raul, avec ce commentaire : Cuba "est le seul pays au monde où on peut vivre sans travailler". Le secteur privé va être élargi (à Cuba, l’économie est pour 90 % contrôlée par l’Etat). Le petit commerce sera encouragé, afin d’adoucir l’ordinaire des Cubains, qui gagnent en moyenne 20 euros par mois (mais dont l’Etat assure, plutôt mal que bien, l’éducation, les soins médicaux et le logement). Une cinquantaine de prisonniers politiques vont être libérés, dont une vingtaine ont déjà pris le chemin de l’exil en Espagne, aux Etats-Unis et au Chili.

Les Castro se seraient-ils acheté une conduite ? Ce n’est pas la première fois qu’ils font mine de desserrer l’étau. Fidel, à plusieurs reprises, a relâché des dissidents, en 1969, 1979 et 1998. Idem pour l’économie. Depuis qu’en 1968 il a fait passer celle-ci sous le contrôle de l’Etat, il a parfois lâché du lest - lorsque l’Union soviétique lui a fait défaut, en particulier. Avant de renouer un peu plus tard avec l’étatisme le plus étroit.

En un mot, Raul, même cornaqué par Fidel, ne serait pas Gorbatchev, mais plutôt Andropov, qui, à la tête de l’URSS, savait le système à bout de souffle mais se demandait comment le réformer (de fait, il n’était pas réformable).

Fidel Castro, qui a vécu la perestroïka comme un cauchemar, sait que son oeuvre est un tout. Aussi préfère-t-il tisonner le passé plutôt que de laisser le ver s’installer dans le fruit.

Le 26 juillet, jour de la fête de Cuba, il est allé fleurir sur la place de la Révolution, à La Havane, le monument à la mémoire de José Marti, le père spirituel de la nation. Et le 7 août, renouant là encore avec ses belles années, il a pris la parole devant l’Assemblée nationale.

Quel contraste avec sa grandeur passée ! Lui qui, autrefois, haranguait la multitude enthousiaste sur la place de la Révolution s’y est rendu presque en catimini. Lui, l’orateur intarissable, s’est contenté d’une allocution de onze minutes devant le Parlement, flottant dans un battle-dress devenu trop grand.

Le plus poignant, c’est le réflexe pavlovien avec lequel la presse d’Etat a mis en scène cette résurrection. Dans L’Automne du patriarche, Gabriel Garcia Marquez avait pourtant prévu comment finirait l’épopée : "Il était difficile d’admettre que ce vieillard irréparable fût le résidu d’un homme dont le pouvoir avait été si grand qu’un jour il avait demandé : "Quelle heure est-il ?" "L’heure que vous voudrez, mon général", lui avait-on répondu."
Courriel : legendre@lemonde.fr.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/09/29/fidel-castro-vieillard-irreparable-dans-les-brumes-du-passe_1417646_3232.html