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Littérature espagnole et hispano-américaine (Encyclopédie Encarta)

Lunes 1ro de septiembre de 2014

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Littérature espagnole et hispano-américaine

Espagnole, littérature, littérature écrite en castillan, la principale langue de l’Espagne, depuis le XIe siècle et jusqu’à nos jours. Voir aussi Catalane, littérature!; Hispano-américaine, littérature.

Le Moyen Âge

La littérature espagnole médiévale traite essentiellement de thèmes chrétiens, mais elle est marquée également par l’influence et la richesse des cultures islamique et juive, alors en pleine expansion (voir Espagne).

Premières œuvres littéraires

Les plus anciennes œuvres littéraires en castillan qui nous soient parvenues sont de courts poèmes lyriques appelés kharjas et datant des années 1150. Apparaissent ensuite les épopées, composées par les juglares, les ménestrels espagnols, et chantées sur les places des villages et dans les châteaux. Nourrie d’influences germaniques, arabes et surtout françaises, cette poésie épique n’en diffère pas moins de ses modèles par sa thématique, dont la particularité est de préférer aux sujets mythiques ou anciens le traitement d’événements historiques récents.

Les principaux sujets abordés dans ces poèmes narratifs sont en effet les rivalités contemporaines entre les seigneurs castillans et les autres seigneurs, mais davantage encore les luttes menées contre les occupants maures, depuis le début du VIIIe siècle, par les chevaliers des différents royaumes chrétiens de la péninsule Ibérique. Le choix de ces sujets manifeste une nette inclination des auteurs pour le réalisme dans la représentation, inclination qui deviendra plus tard une des principales caractéristiques de la littérature espagnole.

Le plus ancien témoignage conservé de l’art des juglares est une épopée anonyme appelée Poème du Cid (Cantar de mío Cid, v. 1140). Subtil chef-d’œuvre de l’art narratif, ce poème conte les mésaventures et les triomphes de Rodrigo Díaz de Bivár, chef de clan connu sous le nom de Cid Campeador, qui se distingue par son courage lors des luttes de la Reconquista, la «!reconquête!» des territoires occupés par les maures. Particulièrement remarquable pour la vigueur de la description des personnages, le Poème du Cid exalte les vertus de courage, de loyauté et de sérénité.

Épanouissement de la littérature

Métier de clergie

Au XIIIe siècle, des érudits commencent à remanier la vie des saints (voir Hagiographie), des légendes édifiantes et des récits plus anciens issus de la culture latine (voir Latine, littérature), pour en faire des poèmes en langue castillane. Cette activité poétique, nommée «!métier de clergie!» dans la littérature espagnole, est essentiellement le fait des monastères, et se caractérise par le respect très strict des règles de prosodie, que les juglares avaient ignorées (voir Versification). L’un des plus éminents parmi ces auteurs, Gonzalo de Berceo (v. 1198-apr. 1264), est aussi le premier poète espagnol dont nous connaissons le nom. En transformant en poèmes les histoires pieuses, il sait leur conférer une ferveur et une fraîcheur nouvelles (voir Poésie).

Essor de la prose érudite

Sous l’impulsion du roi Alphonse X le Sage, la Castille devient l’un des premiers pays d’Europe à développer une importante littérature en prose. Des juristes, des historiens, des traducteurs et des érudits spécialisés en diverses matières travaillent en effet sous l’autorité directe du roi, avec le projet ambitieux de compiler l’ensemble des connaissances du temps. La cour de Castille est à l’époque un lieu de rencontre pour les savants de toutes confessions, musulmans, juifs ou chrétiens!; elle met donc tout naturellement à la disposition des chercheurs des connaissances issues de ces trois cultures. Le partage du savoir et le choix d’un travail collectif favorisent la pénétration de la culture orientale en Europe occidentale.
Cette prose castillane, façonnée sous Alphonse X, et dont la visée est principalement didactique, atteint sa maturité artistique dans les écrits de don Juan Manuel (1284-1348), neveu du souverain, qui rédige un recueil de contes moraux, le Comte Lucanor (1335). Le premier véritable roman de chevalerie espagnol, le Chevalier Cifar, paraît lui vers 1305 (voir Geste, chansons de).

Transition vers la poésie du Siècle d’Or
La poésie de Juan Ruiz, archiprêtre de Hita (1290!?-1350!?), figure parmi les grandes réussites de la littérature espagnole. Sa thématique (idéaux chevaleresques, vertus guerrières) et son écriture (figures de style et autres procédés liés à l’oralité) sont encore celles du Moyen Âge, mais la force et la sensibilité qui s’en dégagent préfigurent celles des écrivains du Siècle d’or. Son Livre du bon amour (1330, augmenté en 1343), est un recueil de poèmes écrit à la manière d’une autobiographie satirique et humoristique!; il y associe presque toutes les formes traditionnelles de l’art poétique médiéval.

Affirmation de la littérature espagnole

Poésie et romancero

Au XVe siècle, la production littéraire espagnole connaît un essor considérable, grâce en particulier à quelques figures remarquables : les poètes Iñigo López de Mendoza, marquis de Santillana, Juan de Mena (1411-1456) et surtout Jorge Manrique qui, dans son élégie Stances sur la mort de son père (1476), exprime à la perfection l’acceptation chrétienne de la mort. C’est à cette époque que les histoires tirées des épopées sont assemblées en romanceros, recueils de courts poèmes assez semblables à des ballades, qui se chantent avec un accompagnement instrumental. Après des changements successifs, le romancero trouve sa forme définitive et sa thématique s’élargit aux événements contemporains.

Littérature érudite et chevaleresque

La littérature satirique et historique s’épanouit particulièrement dans l’Espagne du XVe siècle. Les monarques Ferdinand V et Isabelle Ire la Catholique encouragent durant leur règne (1474-1504) l’étude des humanités!; le savant le plus en vue de l’époque est d’ailleurs un grammairien et lexicographe, Antonio de Nebrija (ou Lebrija), qui rédige la Grammaire de la langue castillane (1492). C’est à cette époque également que le roman de chevalerie espagnol le plus célèbre et le plus imité, Amadis de Gaule, est remanié et publié dans sa forme définitive par García Rodríguez de Montalvo en 1508. Ce récit inspire au XVIe siècle de nombreux romans de chevalerie de même style.

Théâtre : la Célestine

La Tragi-comédie de Calixte et Melibée (1499), de Fernando de Rojas (v. 1465-v. 1541), plus connue sous le titre de la Célestine, s’impose comme une œuvre majeure. Cette pièce qui, par sa réputation, se place juste après le Don Quichotte de Cervantès, influence durablement la littérature espagnole. À l’origine, la Célestine est un récit dialogué combinant des éléments narratifs et dramatiques!; cette double nature lui vaut de n’être adapté à la scène qu’au XXe siècle. Les sources littéraires de cette œuvre sont également doubles — latines et médiévales —, mais les idées de l’auteur qui y sont exprimées diffèrent déjà profondément de la religiosité du Moyen Âge.

La Célestine relate, dans le cadre réaliste d’une ville anonyme d’Espagne, l’histoire de deux amants de noble naissance, Calixte et Mélibée, qui ont recours aux services d’une prostituée du nom de Célestine pour favoriser leur amour. La vie de ces trois personnages finit par s’entremêler inextricablement jusqu’à les conduire à leur perte. Jamais auparavant la littérature espagnole n’a présenté la tragédie de l’existence avec une telle connaissance de la nature humaine et un tel réalisme psychologique. La maturité artistique et la virtuosité stylistique dont fait preuve l’auteur de la Célestine constituent un modèle précieux pour les écrivains espagnols du Siècle d’or, période qui débute peu après sa publication.

Le Siècle d’or

Avec l’accession au trône du roi Charles Ier (voir Charles Quint), l’Espagne passe sous la domination des Habsbourgs, elle y reste jusqu’en 1700, date de la mort de Charles II. Au cours du XVIe siècle, qui correspond à son Siècle d’or, l’Espagne prend le contrôle d’une grande partie de l’Europe en même temps qu’elle établit son empire colonial sur le Nouveau Monde. Le XVIIe siècle est en revanche une période de déclin, qui s’achève par l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle dynastie, les Bourbons (1700).

Influence d’Érasme

Durant cette période, les écrivains espagnols sont guidés par les mêmes idées philosophiques et artistiques que celles qui circulent alors dans la Hollande, l’Italie ou la France de la Renaissance. L’influence majeure est celle du savant et humaniste hollandais Érasme. Les œuvres de ses disciples espagnols, parmi lesquels le philosophe Juan Luis Vives (1492-1540) et le théologien Juan de Valdés (1622-1690), font d’ailleurs l’objet de nombreuses traductions dans toute l’Europe. Le même succès accueille les œuvres de leur contemporain, le moine franciscain, écrivain et historiographe Antonio de Guevara y de Norona. Les disciples d’Érasme dominent la vie littéraire espagnole, rédigeant de nombreux dialogues humanistes, ainsi que des écrits historiques. Les historiens les plus importants du Siècle d’or sont Diego Hurtado de Mendoza (1503-1575) et le jésuite Juan de Mariana de la Reina (1536-1624).

Thèmes et styles poétiques

Poésie pastorale

La poésie pastorale, fiction idyllique relatant la vie quotidienne et les coutumes de bergers de fantaisie, prospère également durant le Siècle d’or. Les thèmes et la tonalité particuliers de cette poésie, associés aux formes poétiques italiennes — le sonnet, le huitain, le canzoniere, le tercet et les vers non rimés —, sont utilisés pour la première fois de façon systématique en Espagne par les poètes Juan Boscán Almogáver (v. 1490-v. 1550) et Garcilaso de la Vega (1503-1536) (voir Versification). Ce dernier n’est pas seulement un novateur sur le plan stylistique mais aussi un poète lyrique soucieux d’exprimer des émotions authentiques.

Poésie de la Contre-Réforme

Les innovations ne supplantent pas complètement les traditions établies : anciennes et nouvelles formes poétiques coexistent durant tout le XVIe siècle. Par ailleurs, la vie religieuse espagnole connaît un nouvel essor vers le milieu du XVIe siècle, en raison notamment de l’inquiétude ressentie par les catholiques espagnols face à la Réforme. La conséquence la plus tangible, sur le plan littéraire, en est la création d’un nouveau style poétique mieux à même de véhiculer l’idéologie de la Contre-Réforme, plus apte à exprimer des attitudes spirituelles rigoureuses, bien éloignées de celles de la poésie pastorale.

Le premier auteur important de cette poésie catholique est un grand érudit, le moine augustinien Luis de León, connu aussi sous le nom de Fray Luis de León et dont les poèmes mystiques mêlent la dévotion chrétienne et le culte de la beauté, l’amour de la nature et la quête de la sérénité. Un contemporain de Fray Luis, le carme Juan de Yepes, plus connu sous le nom de saint Jean de la Croix, compose ce que de nombreux lettrés considèrent comme les poèmes les plus intenses et les plus lumineux de la langue espagnole, dans lesquels il s’efforce d’exprimer l’ineffable expérience mystique de l’union de l’âme avec Dieu. Autre grand poète de cette époque, Fernando Herrera annonce, par son style baroque, l’ère suivante de la littérature espagnole.

Poésie baroque

La poésie baroque, qui se caractérise par la prolifération de procédés rhétoriques (et notamment de métaphores) élaborés pendant tout le XVIe siècle, connaît son apogée au XVIIe siècle.Le meilleur exemple de poésie baroque est l’œuvre, devenue emblématique, du poète Luis de Góngora y Argote. C’est à partir du nom de cet auteur qu’est créé le terme «!gongorisme!», utilisé pour désigner de façon générale le style baroque espagnol. On a souvent, par le passé, reproché à Góngora l’obscurité et la préciosité extrême de la plus grande partie de sa poésie!; mais de nos jours, on s’accorde à le reconnaître comme l’un des maîtres de la poésie lyrique de son pays. Le poète, prosateur et satiriste Francisco Gómez de Quevedo y Villegas, créateur du conceptismo («!conceptisme!») — style d’écriture privilégiant le trait d’esprit et le paradoxe —, est lui aussi une figure importante de la littérature baroque espagnole!; ses œuvres sont remarquables tant par leur esprit que par la profondeur des sentiments qu’elles expriment.

Prose religieuse

Plusieurs mystiques et ascètes produisent des œuvres en prose tout à fait intéressants durant les deux derniers tiers du XVIe siècle. Parmi eux, le dominicain et prélat Luis de Granada (1504-1588) manifeste dans ses écrits à la fois son ascétisme et un amour profond de la nature. Sainte Thérèse d’Ávila, carmélite et mystique, crée, elle, une nouvelle symbolique pour exprimer ses expériences mystiques!; ses traités ont la spontanéité et la fraîcheur de la conversation familière. Mais le plus grand théologien du Siècle d’or est sans doute le philosophe scolastique et jésuite Francisco Suárez, disciple de saint Thomas d’Aquin, qui écrit en langue latine des textes théologiques tels que De divina gratia («!la Grâce divine!»).

Nouvelles formes narratives

Vers 1550, apparaissent plusieurs nouvelles formes narratives : le roman pastoral, le roman maure et le roman picaresque.

Roman pastoral et roman maure

Le roman pastoral, qui conte sur un mode idyllique les amours de bergers idéalisés, a fleuri précédemment en Italie et au Portugal. La version espagnole de cette inspiration champêtre s’incarne d’abord dans la Diane (v. 1559), succès considérable dû à un poète d’origine portugaise, Jorge de Montemayor.

Le roman maure est en revanche une invention espagnole, qui emprunte certains thèmes littéraires aux siècles précédents, mais dont le style relève des règles d’écriture contemporaines!; il consiste à présenter sous forme de romans les épisodes des guerres contre les Maures qu’on trouve auparavant dans les contes de chevalerie. Le premier exemple de ce genre nouveau est un petit livre anonyme, l’Abencérage (1598).

Maures ou pastoraux, ces romans ont pour trait commun l’exagération, que ce soit dans le sens d’une idéalisation (comme c’est le cas dans les romans pastoraux) ou d’une amplification plus neutre de certains traits de l’âme humaine (le courage, la trahison, etc.).

Naissance du roman picaresque

Par contraste, le roman anonyme Lazarillo de Tormes (1554) offre une représentation réaliste de la société, à travers le récit souvent comique des mésaventures d’un jeune vagabond qui va de maître en maître, toujours déçu par eux, pour tenter d’échapper à la faim. Cette œuvre est le premier et l’un des meilleurs romans du genre picaresque, qui s’épanouit au début du XVIIe siècle. Guzmán de Alfarache (1599 pour la première partie, 1603 pour la seconde), de Mateo Alemán, et l’Histoire de la vie du filou don Pablo (1626), de Francisco Gómez de Quevedo y Villegas, sont parmi les plus remarquables romans picaresques espagnols. Le genre, dont l’immense succès dépasse bientôt les frontières espagnoles, va exercer une influence majeure sur le roman européen du XVIIIe siècle.

Don Quichotte

À mi-chemin entre la vision réaliste du roman picaresque et la représentation idéalisée de la littérature bucolique ou chevaleresque, les œuvres de Cervantès, en particulier le roman Don Quichotte, proposent une image contrastée de l’humanité. Cervantès entreprend sans doute Don Quichotte avec l’intention d’écrire une histoire amusante et satirique, en réaction contre l’engouement de son époque pour les romans de chevalerie. Fou et sage, grotesque et admirable, Don Quichotte est un personnage qui, par sa nature complexe, donne l’illusion tout à fait convaincante de son humanité. Émouvant, il l’est aussi par ses efforts pour conjuguer le monde de ses rêves et celui de la réalité à laquelle il est confronté. Les préoccupations prosaïques de son valet, le comique Sancho Pança, contrastent et tempèrent les illusions du maître. Cette œuvre foisonnante offre non seulement un tableau complet et véridique de la société espagnole, mais présente aussi une gamme étonnamment variée de thèmes et fourmille de trouvailles d’écriture.

L’influence de Don Quichotte s’étend bien au-delà des frontières de l’Espagne et bien avant dans les siècles suivants : chaque période de la culture européenne semble avoir voulu en donner sa propre interprétation!; chaque pays y trouve un modèle pour inventer de nouveaux types de récit. Plus tard, Cervantès écrit douze brefs romans, picaresques et drôles, qui constituent les Nouvelles exemplaires (1613), et un roman de chevalerie plein de fantaisie, les Travaux de Persilès et Sigismonde (posthume, 1617), l’un des chefs-d’œuvre de la prose baroque espagnole.

Essai et conceptismo

Le développement du genre de l’essai dans la littérature espagnole est considérable au XVIIe siècle.

Parmi les meilleures illustrations du genre, citons Entreprises politiques (1640) de Diego Saavedra y Fajardo (1584-1648), qui dresse le portrait du souverain chrétien idéal, mais aussi les Songes (1627), essai satirique de Quevedo y Villegas qui présente une série de fantasmagories destinées à stigmatiser les vices de la société. C’est en revanche sous la forme d’un roman allégorique et philosophique, l’Homme détrompé (1651-1657), que Baltasar Gracián choisit d’affirmer la vanité de toute expérience humaine autre que l’effort intellectuel.

Toutes ces œuvres, essais ou romans, ressortissent d’un style appelé conceptismo («!conceptisme!») — l’un des avatars de l’écriture baroque —, inventé par Quevedo y Villegas et dans lequel les idées sont condensées en phrases extrêmement concises.

Figure d’une grande importance dans l’histoire littéraire espagnole, Quevedo y Villegas analyse avec brio les mœurs politiques, économiques et sociales de l’Espagne. Ses ouvrages politiques comme la Politique de Dieu (1626) et la Vie de Marcus Brutus (1632-1644) ne sont qu’un aspect d’une œuvre en prose qui compte aussi des textes ascétiques, philosophiques et burlesques. Obsédé par la grandeur du passé et la décadence du présent, Quevedo écrit beaucoup sur la désillusion!; sa poésie, d’inspiration amoureuse aussi bien que politique ou satirique, n’en est pas moins riche et variée. Il s’illustre en outre avec un égal bonheur dans la veine classique et dans la veine populaire.

Théâtre

Diversité des styles et des influences

Durant le Siècle d’or espagnol, le théâtre est, chronologiquement, le dernier genre littéraire à parvenir à maturité. Les meilleures œuvres écrites en ce domaine dans les premières décennies du XVIe siècle sont les pièces lyriques du poète et dramaturge portugais Gil Vicente, le père du théâtre portugais, dont une partie de la production est rédigée en espagnol. Les saynètes comiques de Lope de Rueda (v. 1500-1565) et celles de Cervantès figurent également en bonne place parmi les œuvres théâtrales de cette époque. Un certain nombre de pièces, enfin, sont des imitations des comédies italiennes de la Renaissance. La tragédie classique est pour sa part représentée par Juan de la Cueva de Garoza, inspirée de thèmes antiques ou de sujets médiévaux. Il faut citer également Guillén de Castro y Bellvís, autre auteur dramatique important du Siècle d’or, dont la pièce la plus connue, les Enfances du Cid (1618), a inspiré Corneille pour son Cid (1637).

Lope de Vega et la comedia espagnole

Aucun écrivain, tous genres confondus, ne représente mieux le génie de l’Espagne que le poète Lope de Vega. Toutes les productions de cet homme de lettres raffiné, qui a influencé Corneille et Molière, sont admirées pour leur perfection technique et pour la variété des procédés mis en œuvre. Il s’illustre dans la poésie, dans le roman, mais on lui doit surtout de nombreuses pièces de théâtre, empreintes d’un charme et d’un franc-parler populaires.

La comedia espagnole, définie et perfectionnée par Lope de Vega, est une pièce en trois actes qui mêle le comique et le tragique. Écrite en vers et organisée en structures métriques diverses, la comedia ne suit pas les règles de la construction dramatique classique. Dynamique et poétique, plutôt que psychologique ou philosophique, ce genre est conçu pour plaire à toutes les classes sociales, des plus instruites aux moins lettrées.
Si les pièces de Lope de Vega sont extrêmement variées par leur thématique et le cadre de leur action, elles ont cependant des caractéristiques communes : éléments historiques (tirés le plus souvent des anciens romanceros), environnement rural, thématiques de l’apprentissage de la vie et de la recherche de l’identité (recherche vécue le plus souvent à travers l’amour et les rivalités). Environ cinq cents de ses pièces nous sont parvenues, mais il en a composé certainement beaucoup plus. Font-aux-Cabres (1618), le Chevalier d’Olmedo (1620-1625) et le Châtiment sans vengeance (1631) sont les plus remarquables.
Certains aspects de la comedia sont remaniés par les meilleurs des disciples de Lope de Vega, comme Tirso de Molina, dont la pièce le Trompeur de Séville (v. 1625) est constitutive du mythe de Don Juan, puisqu’elle est la première œuvre littéraire à évoquer ce légendaire héros espagnol. Autre disciple de Vega, Juan Ruiz de Alarcón y Mendoza donne un contenu moral à ses comédies de mœurs courtoises.

Calderón et la comedia philosophique

Le théâtre du Siècle d’or trouve son expression la plus aboutie dans les œuvres de Pedro Calderón de la Barca, qui est généralement considéré comme le plus grand poète dramatique de la période baroque. Ses pièces, à la structure complexe et symétrique, manifestent une cohérence encore absente dans les œuvres de Lope de Vega.

Calderón est l’auteur d’un des chefs-d’œuvre les plus connus du théâtre espagnol, une comedia philosophique et religieuse intitulée La vie est un songe, où il montre au spectateur le caractère éphémère de l’existence pour l’inciter à se tourner vers le divin comme ultime recours.
Calderón, dont la pensée est proche de l’esprit de la Contre-Réforme, est aussi le maître incontesté de l’un des genres les plus intéressants du Siècle d’Or, celui des autos sacramentales, courtes pièces religieuses utilisant l’allégorie. On lui doit aussi une pièce historique, l’Alcade de Zalamea (1636), qui constitue l’exemple parfait d’un drame rural centré autour d’une affaire d’honneur. Parmi les auteurs dramatiques directement influencés par Calderón, citons Francisco Rojas-Zorrilla et Agustin Moreto y Cabaña (1618-1669).

XVIIIe et XIXe siècles

Au XVIIe siècle, s’est amorcé le déclin politique et économique de l’Espagne et, vers la fin de ce siècle, l’activité artistique, à son tour, régresse. Ce phénomène se poursuit durant la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) et pendant le règne des premiers Bourbons (1700-1759).

L’écrivain espagnol le plus remarquable de la première moitié du XVIIIe siècle est le moine bénédictin, critique et érudit Benito Jerónimo Feijoo y Montenegro (1676-1764). Champion de la liberté, de la raison et de la connaissance scientifique, il écrit des essais contre l’obscurantisme de ses contemporains.

Néoclassicisme

Sous le règne du monarque éclairé Charles III (1759-1788), l’influence de la France apporte en Espagne de nouvelles idées sociales et politiques et des formes littéraires néoclassiques (voir Classicisme).

Poésie néoclassique

Cette vogue du classicisme à la française, qui ne touche que les classes aristocratiques et la bourgeoisie aisée, est introduite dans la littérature dramatique par Nicolás Fernández de Moratín et reprise par son fils, Leandro Fernández de Moratín (1760-1828), dit Moratín le Jeune, notamment dans sa pièce le Oui des jeunes filles (1806). En revanche, l’auteur dramatique Ramón de la Cruz se borne à respecter la tradition espagnole, et compose des comédies en un acte consacrées à des sujets populaires.

Les néoclassiques espagnols ont cependant le tort de ne montrer souvent qu’une compréhension très limitée de l’art du Siècle d’or!; leur poésie lyrique reflète à la fois les influences étrangères et celles de certains poètes espagnols du XVIe siècle, Luis de León notamment. Ils reviendront par la suite aux formes espagnoles traditionnelles.

Les œuvres les plus durables de la littérature de cette époque sont les poèmes des Moratín père et fils, de Gaspar Melchor de Jovellanos (1744-1811), et de Juan Meléndez Valdés.

Œuvres polémiques

José de Cadalso y Vázquez (1741-1782), également poète, compose des pièces de théâtre et des essais tels ceux que rassemblent ses Lettres marocaines (posthumes, 1789), qui offrent une vision critique de la société espagnole. Les écrits polémiques de cette sorte, évoquant les mérites de la tradition et de la culture espagnoles, sont caractéristiques de cette période.

Période de stagnation

L’invasion de l’Espagne (1808) par Napoléon puis le régime absolutiste de Ferdinand VII (1814-1833) paralysent l’activité littéraire durant les trois premières décennies du XIXe siècle. Les meilleurs poètes de cette époque, à l’image de Manuel José Quintana, expriment des préoccupations teintées de romantisme dans des œuvres d’une facture encore classique.

Romantisme

Si le Siècle d’or espagnol a servi d’inspiration et de modèle aux romantiques dans les pays voisins, aucun écrivain romantique notable ne se manifeste en Espagne avant les années 1830.

Le romantisme est introduit dans le théâtre espagnol, avec succès, par Ángel Saavedra, duc de Rivas, avec le drame la Force du destin (1835). Parmi les successeurs de Rivas, citons le poète et auteur dramatique José Zorrilla y Moral, qui renouvelle des sujets légendaires ou historiques dans d’éclatants poèmes narratifs.

L’esprit de révolte des romantiques s’exprime de façon privilégiée chez le poète et révolutionnaire José de Espronceda, l’un des meilleurs poètes de son temps. Pour d’autres critiques, le premier des romantiques demeure Gustavo Adolfo Bécquer, qui a sans doute composé les poèmes les plus délicats de la langue espagnole.

Les costumbristas, sorte de «portraits» campant des personnages savoureux et dépeignant les coutumes populaires avec un sens tout nouveau du pittoresque, représentent sans doute le meilleur de la prose romantique. Ce genre satirique est illustré essentiellement par les écrits de Mariano José de Larra, à qui l’on doit également plusieurs pièces de théâtre et un roman. Si ses œuvres ne comptent pas parmi les pages les plus remarquables du romantisme espagnol, Larra reste un auteur intéressant en raison de son travail d’introspection honnête et du tourment sincère qui anime ses œuvres.

Réalisme

La seconde moitié du XIXe siècle voit l’avènement, en Espagne comme ailleurs, de la fiction réaliste. Voir Réalisme (art et littérature).

Le réalisme espagnol trouve son expression la plus aboutie dans les œuvres de Benito Pérez Galdós. Dans une série de romans historiques intitulés Épisodes nationaux (Episodios nacionales, 1873-1912, 46 volumes), Pérez Galdós livre son interprétation de l’histoire de l’Espagne contemporaine. Il est également l’auteur de romans à thèse, où il aborde des problèmes religieux, sociaux ou politiques. Sa principale thèse, la dénonciation des maux engendrés par l’intolérance religieuse, se trouve exposée avec une grande force dans son roman Doña Perfecta (1876), mais ce sont ses peintures réalistes de la société madrilène, notamment Fortunata y Jacintà (1886-1887), qui constituent son œuvre majeure.
D’autres romanciers évoquent la vie régionale en Espagne : José María de Pereda (1833-1906) décrit la région de Santander!; Pedro Antonio de Alarcón et Juan Valera évoquent l’Andalousie, tandis que la comtesse Emilia Pardo Bazán dépeint la Galice. Cette dernière, ainsi que le romancier Clarín (pseudonyme de Leopoldo Alas), adoptent les techniques d’investigation et d’écriture du naturalisme. Valera, en revanche, se différencie des autres auteurs réalistes par la préférence qu’il accorde à la beauté esthétique au détriment de la fidélité au réel. Un autre grand romancier réaliste de cette époque, Vicente Blasco Ibáñez, acquiert alors une renommée internationale. Marcelino Menéndez Pelayo (1856-1912), critique et historien de la littérature espagnole, est le contemporain éclairé de ces romanciers.

Génération de 1898

Dans la dernière décennie du XIXe siècle, l’Espagne entre dans une intense période d’activité créatrice. Un groupe d’écrivains — baptisé la «!génération de 1898!» — fait alors son apparition à l’avant-garde littéraire!; parmi eux se trouvent le philosophe Miguel de Unamuno, le Galicien Ramón del Valle Inclán, le poète Antonio Machado y Ruíz, l’essayiste Azorín, le romancier basque espagnol Pío Baroja et le critique et dramaturge Jacinto Benavente y Martinez (1866-1954).

Ensemble, ils cherchent à accomplir une transformation profonde des techniques et du style de la littérature espagnole. Ils sont influencés dans cette entreprise par le poète nicaraguayen Rubén Darío, chef de file du mouvement moderniste, dont le style se caractérise par une grande originalité des images, des rythmes et des rimes.

Si chaque membre de la génération de 1898 possède son style propre, tous ont néanmoins en commun une position apparemment paradoxale : nationalistes, soucieux de favoriser la spécificité culturelle espagnole d’une part, ils sont d’autre part de fervents adeptes de la libéralisation et de la modernisation du pays.

Les écrits d’Unamuno, en particulier ses essais et ses poèmes expriment une philosophie qui présente certains traits communs avec l’existentialisme. Les œuvres de Valle Inclán traduisent, elles, une attitude artistique bien différente, qui relève de l’esthétisme, c’est-à-dire d’un travail littéraire, d’un art d’écrire, n’ayant d’autre but que l’art lui-même. Le paysage, l’histoire, le peuple et l’esprit de la Castille sont largement célébrés dans les poèmes de Machado et les essais d’Azorín. Quant à Pío Baroja, auteur d’un cycle de vingt romans, les Mémoires d’un homme d’action (1918-1935), il est reconnu comme l’un des grands romanciers espagnols après Pérez Galdós. Benavente, auteur des Affaires sont les affaires (1909), reçoit le prix Nobel de littérature en 1922.

Époque contemporaine

Au XXe siècle, la créativité et l’élan nouveau des lettres espagnoles, initiés par la génération de 1898, sont brutalement interrompus par la guerre civile (1936-1939), qui réduit au silence — ou contraint à l’exil — de nombreux intellectuels (voir Espagne, guerre d’). Cependant, la création littéraire reprend une certaine vigueur (notamment grâce aux littératures de l’exil) après la Seconde Guerre mondiale.

Parmi les premières œuvres du XXe siècle, la poésie de Juan Ramón Jiménez, prix Nobel de littérature en 1956, se caractérise par son lyrisme délicat et sa tentative d’atteindre à une pureté formelle absolue. L’écrivain et philosophe José Ortega y Gasset, maître de la prose espagnole, acquiert pour sa part une renommée internationale grâce au talent avec lequel il interprète l’esprit de son temps. Les autres prosateurs remarquables de cette époque sont Ramón Pérez de Ayala, le romancier et essayiste Gabriel Miró Ferrer (1879-1930), Ramón Gómez de la Serna, principal représentant de l’expressionnisme en Espagne, Eugenio d’Ors y Rovira, les essayistes Salvador de Madariaga y Rojo (1886-1978) et Gregorio Marañón ainsi que l’homme de lettres et critique Ramón Menéndez Pidal (1869-1968).

Poésie

Génération de 1927

Une brillante génération de poètes, dite «!génération de 1927!», apparaît à la fin des années vingt et au cours des années trente. Le plus grand de ces poètes est Federico García Lorca, qui exprime mieux que personne l’esprit populaire de l’Espagne dans ses pièces et ses poèmes lyriques. Les autres, pour n’en citer que les principaux, sont Jorge Guillén (1893-1984), Rafael Alberti et Vicente Aleixandre y Merlo.

Guillén se fait connaître par un recueil poétique d’une grande rigueur formelle, Cantico, publié pour la première fois en 1928, augmenté dans les éditions de 1936, 1945, et 1950, et par une œuvre en trois volumes, Clamor (1936-1950), regroupant des poèmes traitant de questions sociales et politiques. Opposé à Franco, Guillén prend le chemin de l’exil en 1939!; sa poésie se fait dès lors l’écho de son pessimisme croissant.
Aleixandre, prix Nobel en 1977, exerce une influence considérable sur les autres poètes espagnols. Sa poésie, sensuelle et richement imagée, revisite l’univers surréaliste (Ámbito, 1928). Avec Antologia total (1975), recueil complet de ses œuvres , il marque son temps par la modernité de son style.

Génération de 1936

Un autre groupe, parfois appelé «!génération de 1936!», compte Germán Bleiberg, Carmen Conde , Luis Felipe Vivanco, Juan Panero, Leopoldo Panero, Luis Rosales Camacho, Dionisio Ridruejo (1912-1975) et surtout Miguel Hernández. Cette génération de 1936, confrontée à la censure du régime franquiste, se tourne vers un lyrisme intime et parfois vers l’expression de la foi religieuse.

Subjectivité et réalisme

Neuf poètes dominent la génération qui succède à celle de 1936 : ce sont Rafael Morales, Vicente Gaos, Carlos Bousoño, Blas de Otero (1916-1979), Gabriel Celaya, Victoriano Cremer, José Hierrio, Eugenio de Nora et José María Valverde. Hierro représente le courant de l’anti-esthétisme, qui va de pair dans son œuvre avec l’engagement social et une certaine inquiétude pour l’avenir de l’Espagne, une préoccupation partagée par l’ensemble du groupe. La poésie de ces poètes est éminemment subjective, puisqu’elle répond à la volonté de dire les conflits entre l’individu et le monde extérieur!; ce en quoi les premiers poèmes de Blas de Otero sont tout particulièrement représentatifs.

Le désir d’exprimer la réalité subjective de l’être n’exclue pourtant pas, chez ces poètes, une vision réaliste du monde : ni tragique ni désespérée, cette approche se veut plutôt sereine et religieuse, comme dans l’œuvre de Valverde ou dans les derniers poèmes de Blas de Otero.
Le groupe — en premier lieu des poètes comme Gabriel Celaya, Victoriano Cremer ou Eugenio de Nora — aborde aussi le genre de la poésie sociale.

Actualité poétique

Dans les années soixante et soixante-dix apparaissent des poètes tels que José Maria Caballero Bonald, Angel Crespo et José Gil de Biedma qui, tout en se montrant sensibles aux thèmes sociaux, se consacrent davantage à des recherches formelles et esthétiques. Dans la génération des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, on retient surtout Felix de Azua, Pere Gimferrer et Antonio Rodriguez Sarrion, poètes de la modernité, de l’expérimentation et du renouveau de la langue.

Roman

Le roman est le genre le plus florissant de la littérature espagnole contemporaine!; il est extrêmement varié dans ses manifestations.
Les récits de Juan Antonio de Zunzunegui, tels que l’Ulcère (1948) ou la Faillite (1957), affichent une forte influence picaresque. Max Aub (1903-1972), avec ses trois Campos, écrit en revanche en s’inspirant d’une thématique plus actuelle, celle de la guerre civile espagnole. L’un des meilleurs romans du critique, sociologue et romancier Francisco Ayala, Muertes de perro (1958), s’inscrit lui aussi dans l’actualité pour présenter une vision cauchemardesque de l’humanité. Quant aux romans la Famille de Pascual Duarte (1942), de Camilo José Cela et Nada (1944), de Carmen Laforet, ils sont parmi les plus connus d’un nouveau type de réalisme appelé tremendismo, qui met en scène des personnages d’antihéros et insiste sur les aspects les plus sordides de la vie.

Cela, prix Nobel de littérature en 1989, est l’auteur non seulement de romans aux thèmes très divers, mais également de livres de voyages. La Ruche (1951) est souvent considérée comme son meilleur roman.
Avec Ignacio Agustí et José María Gironella (né en 1917), auteur des Cyprès croient en Dieu (1953) — saga mettant en scène des conflits familiaux symbolisant les dissensions politiques à l’origine de la guerre civile — on revient à une forme de réalisme plus traditionnel. On doit à Miguel Delibes (né en 1920) des livres de voyage et des romans réalistes, dont le plus remarquable est probablement Cinq Heures avec Mario (1967). La romancière Ana María Matute, dont les œuvres mettent en scène des enfants, est connue pour des récits tels que Première Mémoire (1959) ou Les soldats pleurent la nuit (1964).

Toujours dans cette veine réaliste, citons encore les Eaux du Jarama (1956) de Rafael Sanchez Ferlosio, un roman réaliste au style très original, et les romans existentiels de Juan Goytisolo, tels que Deuil en paradis (1955) et Fin de fête (1962), où l’auteur fustige la vacuité des valeurs de la société espagnole contemporaine. Les romans de Ramón Sender (1902-1982) ont été également très remarqués parmi les œuvres de cette génération, notamment Sept Dimanches rouges (1932) et Requiem pour un paysan espagnol (1960). Sender, qui est devenu citoyen américain en 1946, témoigne dans divers ouvrages de son expérience de la guerre civile d’Espagne.

Quant à Francisco Umbral, il s’est illustré par des romans régionaux où les souvenirs personnels se mêlent à l’histoire sociale des années soixante.

Théâtre

Si l’on excepte les tragédies sombres et symboliques de García Lorca, le théâtre moderne représente une part modeste de la foisonnante production littéraire espagnole.

Parmi les auteurs dramatiques importants, citons Alejandro Casona (pseudonyme d’Alejandro Rodríguez, 1903-1965), auteur d’une œuvre théâtrale fantastique dont Les arbres meurent debout (1949) est la pièce emblématique, et Antonio Buero Vallejo, connu pour ses pièces réalistes aux accents existentiels (Histoire d’un escalier, 1949). Il faut également mentionner Alfonso Paso et Alfonso Sastre (né en 1926), auteur de el Cuervo (1957). Quant à Fernando Arrabal, créateur du «!théâtre panique!», son cas est particulier puisqu’il écrit en français!; on lui doit des pièces provocantes, soulignant l’hypocrisie et la cruauté de la société, des essais politiques et un roman.

Essai

Dans le domaine de l’essai, Julián Marías, disciple de José Ortega y Gasset, produit des textes remarquables peu après la guerre civile. Au nombre des plus éminents critiques littéraires et essayistes contemporains figurent, pour les premiers, Américo Castro (1885-1972), Dámaso Alonso (1898-1990) et Joaquín Casalduero, et pour les seconds, José Gaos, Pedro Laín Entralgo, José Ferrater Mora, María Zambrano, José Luis Aranguren, Francisco Ayala, Guillermo Díaz Plaja, Ricardo Gullón et Guillermo de Torre.
La créativité de la littérature espagnole contemporaine, sa vitalité, sa capacité de renouvellement, indéniables, vont de pair avec l’essor actuel des cultures hispaniques à travers le monde.

* * *

Hispano-américaine, littérature, littérature des peuples hispanophones de l’Amérique du Nord et du Sud ainsi que de la Caraïbe.

Aperçu historique

L’histoire de la littérature hispano-américaine remonte au XVIe siècle, époque de l’arrivée des conquistadores sur le continent américain (voir Amérique du Sud). Depuis cette période, son histoire se fait l’écho de celle — culturelle, politique et économique — du continent et se divise en quatre grands moments.

Pendant la période de la colonisation (du XVIe au XVIIIe siècle), où les colons sont encore étroitement assujettis à leur pays d’origine, politiquement, économiquement et culturellement, la littérature produite sur le Nouveau Continent n’apparaît que comme une ramification de la littérature espagnole. Cependant, avec les mouvements d’indépendance qui marquent le début du XIXe siècle, la littérature hispano-américaine commence à explorer des thèmes qui lui sont propres, notamment des thèmes patriotiques. Après cette période d’affirmation de son identité, la littérature hispano-américaine connaît une production intense, pour atteindre son autonomie et sa pleine maturité au XXe siècle, au point de se tailler une place de choix dans la littérature mondiale après 1910.
Voir aussi Brésilienne, littérature

Période de la colonisation

Chroniques de la conquête (XVIe siècle)

Les premières œuvres composées en espagnol sur le continent

sud-américain sont naturellement le fait d’auteurs espagnols. Nés sur le Vieux Continent, ces derniers ont gagné le Nouveau Monde pour y remplir des missions religieuses, des fonctions guerrières ou pour s’y installer. Leurs œuvres traitent généralement des événements liés à la conquête de territoires inconnus et relatent notamment la confrontation des Espagnols avec les peuples autochtones (voir Amérindiens). C’est le cas, par exemple, d’Alonso de Ercilla y Zúñiga, auteur de l’Araucana (1569-1589), poème épique (voir Épopée) décrivant la répression de la révolte des Indiens Araucans par les troupes espagnoles au Chili.

Les conquêtes guerrières, la politique de christianisation — qui passent par la constitution de reducciónes, c’est-à-dire de petites communautés d’Amérindiens dirigées par des jésuites — et, plus généralement, l’organisation de la vie dans le Nouveau Monde sont des thèmes peu propices à l’épanouissement de la veine lyrique ou à la floraison romanesque!; ainsi la littérature du XVIe siècle se caractérise-t-elle surtout par un foisonnement de textes didactiques et de chroniques d’événements.

Notons, au sein de cette production, l’Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne (posthume, 1632) de Bernal Díaz del Castillo, qui a été le lieutenant de Hernán Cortés. Garcilaso de la Vega, fils d’un conquistador et d’une princesse inca, mais élevé en Espagne comme un gentilhomme de la Renaissance, est quant à lui l’auteur d’une remarquable chronique en deux volets — alors jugée subversive par les autorités espagnoles — sur les Incas du Pérou et sur la conquête de ce pays par les Espagnols : Commentaires royaux sur le Pérou (1609) et Histoire générale du Pérou (1617).

On compte aussi, parmi les premières œuvres composées sur le continent américain, des pièces de théâtre!; destinées à l’édification morale des spectateurs, elles se caractérisent naturellement par un prosélytisme marqué à l’égard des autochtones.

Les écrits du début de la période coloniale portent d’ailleurs fortement l’empreinte de la Renaissance espagnole, que caractérise une grande ferveur religieuse (voir Espagnole, littérature). En effet, ce sont les hommes d’Église — principaux détenteurs du savoir et de la culture en ce temps — qui se trouvent, à cette époque, à l’origine de toute entreprise culturelle. L’un des plus éminents est sans doute le dramaturge espagnol González de Eslava de Mexico (1534-1610), mais il y a aussi Bartolomé de Las Casas, qui fait œuvre d’historien et joue un rôle actif dans diverses colonies des Antilles, notamment à Saint-Domingue.

Modèle espagnol (XVIIe siècle)

Mexico et Lima, capitales respectives des vice-royaumes de la Nouvelle-Espagne et du Pérou, deviennent au XVIIe siècle les centres d’une activité intellectuelle florissante. Splendides répliques des cités espagnoles, ces villes rivalisent d’artifices et de sophistication avec leurs modèles, traduisant ainsi l’engouement tant des Espagnols que des Créoles pour le style baroque alors à la mode sur le Vieux Continent.

En littérature, cet intérêt se manifeste par le succès d’auteurs espagnols tels que Pedro Calderón de la Barca ou Luis de Góngora y Argote, mais aussi par la popularité de la production littéraire locale, dont le style et l’inspiration sont marqués par l’influence du baroque espagnol. Parmi les poètes locaux du XVIIe siècle, Juana Inès de La Cruz se distingue comme un excellent auteur de drames laïques ou religieux, composés en vers, tels que le Divin Narcisse (1688). Elle compose en outre des poèmes pour défendre les droits de la femme, notamment dans le domaine intellectuel, ainsi que des récits autobiographiques où se révèle son appétit de savoir.
Un genre très à la mode dans la littérature espagnole de cette époque, la satire fait également son apparition outre-Atlantique avec la publication d’un roman empreint de réalisme social, les Infortunes d’Alunzo Ramírez (1690), de l’humaniste et poète mexicain Carlos de Sigüenza y Góngora (1645-1700).

Influence française (XVIIIe siècle)

En 1700, la dynastie des Bourbons renverse la famille des Habsbourgs pour prendre possession du trône d’Espagne : cet événement marque le début de l’influence française dans les colonies, qui se traduit d’abord par un engouement pour le classicisme — de nombreuses pièces de théâtre du répertoire français sont adaptées en espagnol —, puis par la diffusion de la pensée des Lumières, quand des auteurs originaires des différentes colonies espagnoles se font les porte-parole des idées révolutionnaires.
Cette époque est également marquée par l’émergence de nouveaux centres littéraires tels que Quito (Équateur), Bogotá (Colombie), Caracas (Venezuela) ou Buenos-Aires (Argentine). Ces villes deviennent bientôt, par la richesse de la vie littéraire qui s’y développe, les rivales des capitales des vice-royaumes!; c’est ainsi que les contacts avec le monde non hispanique se multiplient et que la mère patrie voit progressivement chanceler son monopole intellectuel.

Conquête de l’indépendance (fin du XVIIIe-début du XIXe siècle)
La vie des colonies s’organisant, culturellement et économiquement, de manière de plus en plus autonome par rapport à l’Espagne!; l’assujettissement politique devient bientôt vide de sens, donc insupportable aux colons.

La lutte pour l’indépendance suscite l’éclosion de très nombreux écrits patriotiques belliqueux, notamment dans le domaine de la poésie, tandis que le genre romanesque, jusqu’alors interdit par la Couronne espagnole, s’épanouit et s’ouvre de plus en plus aux thèmes politiques et sociaux. Le premier roman hispano-américain, Perruchet le Galeux (1816), indéniablement inspiré par le roman picaresque espagnol, est l’œuvre d’un auteur mexicain, José Joaquín Fernández de Lizardi (1776-1827). Les aventures du personnage principal y sont prétexte à décrire, d’un point de vue très critique, des pans entiers de la vie coloniale.

La littérature et la politique sont de plus en plus nettement liées, à tel point que les écrivains s’identifient parfois aux tribuns de la République romaine. Ainsi le poète et homme politique équatorien José Joaquín Olmedo (1780-1847) fait-il l’éloge de Simón Bolívar dans son Ode à la victoire de Junín (1825). Cependant, une veine bucolique d’inspiration latine se développe, représentée notamment par Andrés Bello, qui fait l’éloge de la spécificité culturelle et naturelle de son pays en vantant les vertus de l’agriculture tropicale!; ce sont ces thèmes qu’il traite, par exemple, dans son poème Silvas (1826), inspiré par Virgile.

À la même époque, mais dans une thématique tout à fait différente, la poésie du Cubain José María de Heredia (1803-1839) préfigure certains aspects du romantisme, en particulier les œuvres nostalgiques qu’il écrit au cours de son exil aux États-Unis. Toujours à la même période éclôt un nouveau genre poétique chez les gauchos de la région de La Plata : populaire et anonyme, cette poésie traite généralement de politique.

Consolidation des États latino-américains (XIXe siècle)

Après la mise en place des nouvelles républiques latino-américaines, les écrivains continuent à privilégier les genres littéraires français plutôt qu’espagnols!; cependant, ils sont de plus en plus nombreux à se faire les porte-parole de l’indianisme, c’est-à-dire de l’expression de l’identité culturelle des Indiens.

Essor du romantisme

Le classicisme en vogue au XVIIIe siècle cède le pas au romantisme, qui va dominer la quasi-totalité du XIXe siècle. En Argentine, c’est Esteban Echeverría (1805-1851) qui fait connaître et apprécier le romantisme européen, et notamment français. Au Mexique, Mexico joue un rôle important pour le rayonnement de la culture française, même si la tradition hispanique des récits réalistes y perdure de façon vigoureuse.
Au cours de cette période, nombreux sont les écrivains hispano-américains à s’engager dans la lutte politique. Rappelons à cet égard le groupe des écrivains romantiques argentins qui, de leur exil, s’opposent au régime que le dictateur Juan Manuel de Rosas a établi entre 1829 et 1852. Outre Echeverría, José Mármol (1818-1871), auteur notamment d’un roman d’espionnage intitulé Amalia (1851), et Domingo Faustino Sarmiento, futur président de l’Argentine, appartiennent à ce groupe, dont l’influence se fait sentir également au Chili et en Uruguay. Sarmiento, dans une étude sociologique intitulée Facundo (1845), démontre que le problème fondamental de l’Amérique latine réside dans la dichotomie entre l’état primitif d’une partie de la société et les influences européennes plus modernes.

Poésie entre tradition et modernité

En Argentine, les chants traditionnels des gauchos disparaissent peu à peu au cours du XIXe siècle pour laisser place à des compositions plus élaborées, celles de poètes érudits comme Hilario Ascasubi (1807-1875) ou José Hernández. Ces derniers utilisent des éléments folkloriques pour produire une nouvelle poésie inspirée de celle des gauchos. Une œuvre d’Hernández devenue un classique de la littérature argentine, Martín Fierro (el Gaucho Martín Fierro, deux parties, 1872 et 1879), relate les difficultés qu’éprouve un gaucho à s’adapter à la civilisation moderne. Les thèmes gauchos ont également été repris au théâtre, en Argentine bien sûr, mais aussi en Uruguay et dans le sud du Brésil.

Dans les pays autres que l’Argentine, la poésie est moins marquée par les particularités locales : les poètes continuent à privilégier une veine romantique où le caractère national est assez ténu. Parmi les plus connus figure l’Uruguayen Juan Zorrilla de San Martín (1855-1931), qui fait imprimer à Paris un récit lyrique, Tabaré (1888), préfigurant, par certains aspects, le symbolisme.

Essor du roman

Roman réaliste

Le XIXe siècle est aussi, comme partout dans le monde occidental, propice à l’épanouissement du roman. Le Chilien Alberto Blest Gana (1829-1904) est l’un des premiers à opter pour le roman réaliste, en utilisant des techniques narratives empruntées à Balzac pour décrire la société chilienne. Citons, à titre d’exemple, l’un de ses plus célèbres romans, Martín Rivas (1862).

Des romanciers naturalistes, comme l’Argentin Eugenio Cambacérès (1843-1890), auteur de Sans direction (1885), s’inspirent pour leur part des procédés romanesques d’Émile Zola, en analysant la part de l’aliénation sociale et celle de l’hérédité dans les comportements humains.

Récit romantique

Le romantisme perdure pourtant dans le roman, illustré par de nombreux auteurs de renom. Ainsi Jorge Isaacs est-il à l’origine d’un roman, María (1867), inspiré de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre!; ce conte lyrique, qui évoque un amour voué à l’échec dans le cadre pittoresque d’une ancienne plantation, est peut-être le chef-d’œuvre du récit romantique sud-américain. Il va connaître, en tous cas, un succès immédiat et retentissant. En Équateur, Juan León Mera (1832-1894) donne une image idéalisée des Amérindiens en les peignant au sein de la jungle la plus sauvage dans son roman Cumanda ou Un drame chez les sauvages (1879). Au Mexique, Ignacio Altamirano (1834-1893), romancier et journaliste, est l’auteur romantique le plus prestigieux, tandis que, au Brésil, José Martiniano de Alencar s’inspire d’éléments régionaux dans ses nouvelles «!indianistes!» (ou «!indigénistes!»), qui, pour la plupart, décrivent sur le mode romantique des histoires d’amour entre Indiens et Blancs, comme O Guarani (1857) et Iracema (1865).

Développement de l’essai

Le XIXe siècle est également une période favorable pour l’essai, qui devient bientôt le moyen d’expression privilégié de nombreux intellectuels et journalistes engagés dans la lutte politique!; il est également en vogue dans le domaine de la philosophie et dans celui de l’enseignement.
L’Équatorien Juan Montalvo (1832-1889), auteur des Sept Traités (1882), ouvrage nettement influencé par Montaigne, est l’un de ces artistes-polémistes. Quant au Péruvien Ricardo Palma (1833-1919), il développe un genre unique, sorte de recueil de courts récits historiques!; citons, à titre d’exemple, ses Traditions péruviennes (1872), qui dessinent un tableau du pays à l’époque de la colonisation.

Essor du modernisme

Le modernisme, mouvement du renouveau littéraire, apparaît dans les années 1880, encouragé par la consolidation politique et économique des diverses républiques d’Amérique latine et par la paix et la prospérité qui s’ensuivent.

Ce mouvement a ceci de nouveau et de spécifique qu’il privilégie la finalité purement esthétique de la littérature. Autre caractéristique, les modernistes affichent un patrimoine culturel cosmopolite, beaucoup étant très influencés par les tendances littéraires venues d’Europe, que dominent alors les Parnassiens et les poètes symbolistes français!; leurs écrits sont le fruit d’un étonnant mélange, entre une recherche stylistique poussée et une thématique spécifiquement sud-américaine.

Si la plupart des modernistes sont des poètes, on compte aussi parmi eux de nombreux prosateurs, car la prose, en évoluant vers une langue plus poétique et moins discursive, connaît un regain d’intérêt, auprès des auteurs comme des lecteurs. Parmi les précurseurs du mouvement moderniste, citons le Péruvien Manuel González Prada (1848-1918), adepte de l’expérimentation esthétique mais aussi essayiste rigoureux, préoccupé par les problèmes sociaux et politiques de son pays, ainsi que les Cubains José Julian Martí et Julián del Casal (1863-1893), le Mexicain Manuel Gutiérrez Nájera (1859-1895) et le Colombien José Asunción Silva (1865-1896).

Quant à Rubén Darío, il se rend célèbre grâce à ses Proses profanes (1896), qui jouent un rôle essentiel dans l’épanouissement du mouvement moderniste. L’ensemble de son œuvre est d’ailleurs représentatif de la tendance expérimentale du mouvement moderniste, tendance qui, loin d’être spéculation gratuite, véhicule en fait une inquiétude métaphysique, comme on l’observe, par exemple, dans Chants de vie et d’espérance (1905). Darío, avec ses amis écrivains, est en outre à l’origine d’un renouvellement important de la langue espagnole et de la technique poétique — le plus important, en réalité, depuis le XVIIe siècle.
Parmi les auteurs de la deuxième génération des modernistes, citons l’Argentin Leopoldo Lugones et le Mexicain Enrique González Martínez (1871-1952), qui donnent au mouvement une impulsion et une orientation nouvelles en élargissant leur thématique poétique aux questions sociales et éthiques. L’Uruguayen José Enrique Rodó (1872-1917) confère, pour sa part, sa pleine dimension littéraire au genre de l’essai, avec son Ariel (1900), grâce auquel il devient le guide spirituel de la jeunesse de son époque.

D’autres romanciers, comme l’Argentin Enríque Larreta (1875-1961), auteur de la Gloire de don Ramire (1908), marquent également leur époque. Le modernisme atteint son apogée vers 1910 puis gagne l’Espagne, où il influence durablement des générations d’écrivains.

Second souffle du réalisme

Le mouvement moderniste demeure pourtant ignoré par de nombreux auteurs, qui continuent à produire des romans réalistes et naturalistes, axés sur les problèmes sociaux. Avec les Oiseaux sans nid (1889), la Péruvienne Clorinda Matto de Turner (1854-1909) renonce au roman indianiste sentimental de ses débuts pour produire une œuvre d’un caractère plus moderne, ponctuée de revendications sociales. Le Mexicain Federico Gamboa (1864-1939) pratique, quant à lui, le genre du roman naturaliste urbain, notamment illustré par son récit Saint (1903), tandis que l’Uruguayen Eduardo Acevedo Díaz se distingue par ses romans historiques et «gauchos».

Le genre de la nouvelle et celui du drame parviennent à maturité plus tardivement que le roman, et n’atteignent une certaine plénitude qu’au début du XXe siècle. L’Uruguayen Horacio Quíroga (1878-1937) est l’auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Récits sud-américains dans la jungle (1918)!; cette série de contes surréalistes met en scène des hommes confrontés aux éléments d’une nature primitive et menaçante, laquelle constitue d’ailleurs le cadre privilégié de l’ensemble des récits de cet auteur.

Période contemporaine

La révolution mexicaine (1910-1920) coïncide, dans le domaine littéraire, avec une période de repli sur soi, au cours de laquelle les écrivains latino-américains s’interrogent sur les problèmes de l’individu au sein de la société. Depuis, ces auteurs ont considérablement élargi leur champ d’investigation, et la littérature hispano-américaine représente aujourd’hui un corpus littéraire impressionnant, qui traite avec force de thèmes universels et qui a gagné une audience internationale.

Poésie

De nombreux poètes suivent les traces des Européens en adhérant à des courants d’innovations aussi radicaux que le cubisme, l’expressionnisme, le surréalisme, ou encore l’ultraismo espagnol, terme générique regroupant les diverses tendances expérimentales littéraires qui s’épanouissent en Espagne dans les premières décennies du siècle.

Le poète chilien Vicente Huidobro (1893-1948), très lié au poète français Pierre Reverdy, élabore pour sa part la théorie du «!créationnisme!», qui fait du poème une entité indépendante de la réalité extérieure. Pablo Neruda, lauréat du prix Nobel de littérature en 1971, explore de son côté une large palette de thèmes et de styles, qui servent notamment l’expression sans cesse renouvelée de ses convictions politiques. Les rythmes et le folklore du peuple noir inspirent par ailleurs un groupe de poètes afro-antillais, parmi lesquels Nicolás Guillén, qui se distingue notamment par son poème «!la Ballade des deux aïeux!» (extrait du recueil West Indies Limited, 1934).

Les poèmes de Gabriela Mistral, premier écrivain latino-américain lauréat du prix Nobel de littérature en 1945, sont remarquables par la chaleur et l’émotion qu’ils diffusent.

Cependant, au Mexique, le groupe Contemporáneos, fondé en 1928 par Jaime Torres Bodet (1902-1974), José Gorostiza (1901-1973) et Carlos Pellicer (1899-1977), traite essentiellement des thèmes de l’amour, de la solitude et de la mort. Prix Nobel de littérature en 1990, Octavio Paz compose des vers métaphysiques et érotiques qui empruntent certains traits aux surréalistes français (Liberté sur parole, 1949). Également auteur d’essais littéraires et politiques (le Labyrinthe de la solitude, 1950, 1957 dans une version augmentée), Paz est considéré comme l’une des figures marquantes de la littérature latino-américaine de l’après-guerre.

Théâtre

Le théâtre s’est développé progressivement jusqu’à occuper aujourd’hui une place de premier plan dans l’activité littéraire d’un certain nombre de villes latino-américaines, comme Mexico et Buenos-Aires, et il s’est imposé également dans des pays comme le Chili, Porto Rico ou le Pérou.
Au Mexique, le théâtre a connu un renouveau, grâce, entre autres, à la revue Ulysse, dirigée par Javier Villaurrutia (1903-1950) : ce dernier, avec Salvador Novo (1904-1974) et Celestino Gorostiza (1904-1967), est en effet le fondateur du théâtre moderne, qui connaîtra son apogée avec l’œuvre de Rodolfo Usigli (1905-1979).

Le théâtre s’est par la suite propagé et popularisé grâce à un nouveau groupe de dramaturges, au nombre desquels on retiendra les noms de Vicente Leñero, et surtout d’Emilio Carballido, le plus prestigieux d’entre eux.

Essai et nouvelle

La question nationale, qui se pose dans les différents États du continent américain, inspire nombre d’essayistes, même si ces derniers s’illustrent aussi dans d’autres genres et sur des thèmes plus universels.
Les principaux essayistes mexicains de la génération de 1910 sont José Vasconcelos (1882-1959), qui mène d’importantes actions éducatives et culturelles, l’érudit dominicain Pedro Henríquez Ureña et Alfonso Reyes, dit le «!Mexicain universel!», humaniste complet et auteur de Vision d’Anashuac (1917).

À ces noms, il faut ajouter ceux de l’historien colombien Germán Arciniegas (1900- ) et d’Eduardo Mallea (1903-1982), auteur d’Histoire d’une passion argentine (1937), qui contribue pour sa part à l’enrichissement du genre de la nouvelle en Argentine.

Roman

Depuis 1900, le roman hispano-américain a connu trois grandes étapes dans son évolution : il s’inspire dans un premier temps de thèmes régionaux!; puis apparaissent des romans psychologiques avec une thématique plus universelle, dont les intrigues se déroulent pour la plupart dans des cadres urbains et cosmopolites. Enfin, les écrivains adoptent des techniques littéraires résolument modernes, témoignant ainsi de leur sensibilisation croissante aux influences de la littérature internationale.

Roman régional

Le roman régional s’affirme grâce à des auteurs comme l’Argentin Ricardo Güiraldes (1886-1927), qui excelle dans le roman dit «!gaucho!» (Don Segundo Sombra, 1926), ou le Colombien José Eustasio Rivera (1889-1928), dont la fascination pour la jungle amazonienne nourrit le roman la Voragine (1924), ou encore Rómulo Gallegos Freire, qui campe son récit Doña Bárbara (1929) dans les immensités de la savane. La description du monde rural et la critique sociale sont pareillement au cœur de l’œuvre de l’Uruguayen Enrique Amorim (1900-1960).

La révolution mexicaine inspire des romanciers comme Mariano Azuela, auteur de Ceux d’en bas (1916), et Gregorio López y Fuentes (1897-1966) qui, dans l’Indien (1935), témoigne de sa connaissance du monde amérindien. La condition des Amérindiens suscite d’ailleurs l’intérêt de nombreux auteurs mexicains, guatémaltèques ou andins, parmi lesquels Alcides Arguedas, auteur de Race de bronze (1919), et Ciro Alegría, à qui l’on doit Vaste est le monde (1941). Miguel Ángel Asturias, qui reçoit le prix Lénine de la paix en 1966 et le prix Nobel de littérature en 1967, préfère quant à lui donner libre cours à son talent de satiriste politique en décrivant les rouages d’une dictature dans Monsieur le Président (1946).

Roman psychologique

Les investigations psychologiques, dont l’importance va croissant dans la thématique romanesque, apparaissent de façon flagrante dans Mon frère l’âne (1922) du Chilien Eduardo Barrios (1884-1963) ainsi que dans les œuvres des Uruguayens Juan Carlos Onetti et Mario Benedetti (1920- ), auteurs, respectivement, du Chantier (1961) et de la Trêve (1960).
Une forme d’existentialisme tend par ailleurs à se développer, telle qu’elle apparaît, par exemple, dans Fils de voleur (1951) de Manuel Rojas (1896-1973). Ce mouvement va de pair avec le refus du roman régionaliste ou urbain. D’autres auteurs, cependant, mettent en place un univers où dominent l’imaginaire et la fantaisie, comme la romancière María Luisa Bombal, par exemple.

Vers le «réalisme magique»

Les accents pychologiques — et bientôt fantastiques — dont se charge peu à peu la création littéraire engendrent un riche courant de fiction narrative, qui se développe plus particulièrement en Argentine et en Uruguay.
Dans ce courant, on distingue le roman Continuation du rien (1944), où l’Argentin Macedonio Fernández (1874-1952) joue aux confins de l’absurde, et le roman symboliste Adam Buenosayres (1948) de Leopoldo Marechal (1900-1970), mais aussi l’œuvre existentialiste de Ernesto Sábato, le Tunnel (1948), qui tous attestent de l’assimilation d’influences résolument modernes.

Le plus grand écrivain de l’Argentine moderne reste pourtant Jorge Luis Borges : d’abord poète ultraïste — associé au mouvement de l’ultraïsme, lancé vers 1918, qui veut créer un «!poème pur!», «!un art qui n’imite pas et ne traduise pas la réalité!» —, il devient un immense narrateur avec les récits ésotériques et fantastiques regroupés sous le titre de Fictions (1944). Borges s’efforce en outre de stimuler l’intérêt du public pour le roman policier et la littérature fantastique, comme le fait également Adolfo Bioy Casares, pionnier du roman de science-fiction avec son Invention de Morel (1940).

Quant à Julio Cortázar, il est unanimement salué par la critique internationale pour l’ensemble de sa création, mais surtout pour Marelle (1963), qui révolutionne le langage romanesque.

Influencé par des auteurs aussi variés que James Joyce, Virginia Woolf, Aldous Huxley, et tout particulièrement John Dos Passos et William Faulkner, le nouveau roman mexicain s’est démarqué du réalisme. Ainsi les œuvres de José Revueltas (1914-1976) et d’Agustín Yáñez (1904-1980), auteur de Demain la tempête (1947), véhiculent-elles, au-delà d’une évocation de la vie rurale, des analyses psychologiques approfondies et des interrogations sur l’essence de la mexicanité. Le roman de Juan Rulfo (1918-1986), Pedro Páramo (1955), s’inscrit dans la même veine puisqu’il se développe autour de la problématique nationale. Ce sujet est au cœur des œuvres de Juan José Arreola (1918- ), auteur connu pour sa prose poétique qui mêle allégorie, symbolisme et satire. Pareillement, Carlos Fuentes, dans des récits comme la Plus Limpide Région (1958), associe des éléments psychologiques et fantastiques à une inspiration folklorique nationale.

Chez les autres romanciers de la déconstruction, qui tentent de remettre en question la cohérence romanesque traditionnelle, figurent Vicente Leñero et Salvador Elizondo (1932- )!; ce dernier, auteur de Farabeuf (1966), s’est fait le peintre des mentalités de ses compatriotes.
Parmi les romanciers d’Amérique latine mondialement connus, beaucoup ont préféré au récit régionaliste à valeur documentaire les récits extrêmement sophistiqués du point de vue technique. L’étiquette de «!réalisme magique!» peut ainsi s’appliquer à nombre de ces narrateurs, à tous ceux, en fait, qui s’efforcent de chercher le sens caché derrière l’apparente banalité du réel.

Alejo Carpentier élabore dans ses romans une mythologie nouvelle, spécifique aux Caraïbes et pourtant universelle, notamment dans son récit le Partage des eaux (1953). José Lezama Lima crée lui aussi dans son Paradiso (1966) un monde entièrement mythique, empreint d’une beauté néobaroque. Quant à Mario Vargas Llosa, c’est sur la condition de l’Homme qu’il s’est interrogé, à travers différents portraits de la société péruvienne (la Ville et les Chiens, 1963). Gabriel García Márquez, lauréat du prix Nobel de littérature en 1982, a connu la notoriété internationale grâce à Cent Ans de solitude (1967) où, par la magie de l’écriture, un petit monde bien circonscrit est transcendé en une entité magique et atemporelle.

Tous ces auteurs ont mené le roman hispano-américain à sa forme la plus aboutie à ce jour et, ce faisant, ont réussi à lui donner un tel souffle et une telle sensibilité qu’il s’est aujourd’hui imposé au plan international.


NOTES

Cid Campeador (1043-1099), homme de guerre espagnol, grande figure de la Reconquista et véritable héros national qui entra dans la légende comme symbole de la chevalerie et de la vertu.

Né près de Burgos vers 1043, Rodrigo Díaz de Bivár grandit dans la maison royale du futur monarque, SancheII de Castille, et le servit jusqu’à son assassinat en 1072. Il entra alors au service du nouveau roi, AlphonseVI le Vaillant, qui lui donna en mariage sa cousine doña Jimena, avant de l’exiler du royaume en 1081. Accompagné de trois cents chevaliers fidèles, il parcourut l’Espagne en quête d’honneur, de gloire et de butin, et remporta d’éclatantes victoires tandis qu’il était au service de princes chrétiens ou même musulmans, gagnant son surnom de Cid (de l’arabe sidi, «!mon seigneur!») Campeador («!guerrier illustre!» en espagnol). En 1094, il s’empara de Valence, qu’il administra jusqu’à sa mort. Jimena put un temps résister aux attaques des Almoravides, mais dut se retirer en Castille en 1102, emportant avec elle le corps du Cid.

Le personnage du Cid devint vite légendaire, inspirant dès 1140 El Cantar de mío Cid, certainement le plus célèbre des poèmes épiques espagnols, qui emprunte un style réaliste et simple pour dépeindre l’âge d’or de la chevalerie médiévale, et oppose les nobles de haut rang mais dénués de qualités à des hommes tels que le Cid: de condition inférieure, mais combattant au nom de l’honneur et de la gloire et sachant faire preuve de vertu, de courage, de générosité et de loyauté envers la famille, le roi et Dieu. La légende du Cid inspira également de nombreux auteurs dramaturges tels que Guilhem de Castro et Pierre Corneille.

Alphonse X le Sage (1221-1284), roi de León et de Castille (1252-1282) et empereur germanique (1257-1272).
Fils de FerdinandIII, auquel il succède en 1252, AlphonseX, également petit-fils du roi de Germanie Philippe de Souabe par sa mère, cherche durant tout son règne à conquérir la couronne du Saint Empire romain germanique. Poursuivant la Reconquista, il combat les Maures et leur enlève Cadix en 1262. Mais ses ambitions impériales prioritaires affaiblissent son pouvoir en Espagne!; il doit faire face aux prétentions de ses fils, dont SancheIV qui obtient des Cortes de Valladolid la destitution de son père en 1282. Alphonse s’enfuit alors à Séville, où il meurt en 1284.
Piètre politique, AlphonseX a animé, en revanche, la vie intellectuelle de son temps: poète et écrivain, il a composé des chants pieux et inspiré le premier essai d’une histoire d’Espagne (Crónica general)!; il a également fait dresser les Tables alphonsines (1252), ouvrage astronomique médiéval de référence qui présente une division de l’année en jours, heures, minutes et secondes. Enfin, le nom d’Alphonse le Sage reste attaché au célèbre code de lois connu sous le titre las Siete Partidas («!les Sept Parties!») qu’il a commandité et qui a été officiellement promulgué en 1348.

Geste, chansons de, poèmes narratifs, généralement anonymes, destinés à être chantés et retraçant les exploits héroïques et les hauts faits des chevaliers.
Les chansons de geste se développèrent à partir des dernières années du XIesiècle et pendant tout le XIIesiècle!; elles furent conservées dans des manuscrits rédigés entre le XIe et le XVesiècle.
Elles relèvent du genre épique et exaltent les grands événements historiques (notamment les guerres), en particulier ceux qui eurent une importance capitale pour la formation du pays. Cependant, leurs auteurs ne semblaient guère se préoccuper de savoir à quel genre littéraire appartenaient leurs œuvres!; aucun d’eux, en tout cas, n’a cherché à imiter les épopées antiques.
La plupart des exploits et des hauts faits chantés dans les chansons de geste se situent historiquement deux ou trois siècles avant la date de leur récit, à l’époque carolingienne, le plus souvent au temps de Charlemagne lui-même ou de son fils Louis le Pieux. Cela pose la question de leur genèse et de leur élaboration: on admet aujourd’hui que ces chansons furent progressivement élaborées à travers les récits oraux propagés par les trouvères et les jongleurs, mais il ne faut pas négliger pour autant le rôle déterminant de certains individus qui, dotés d’un grand talent poétique, auraient puisé dans ce fonds légendaire la source de leur inspiration.
D’une chanson de geste à une autre, on retrouve la même thématique et les mêmes procédés techniques. Les thèmes fondamentaux sont naturellement la guerre et la religion car, écrites à l’époque des croisades, les chansons de geste font l’éloge des héros qui luttent pour la foi chrétienne.
Composées en général de plusieurs milliers de vers, les chansons de geste étaient destinées à être psalmodiées, c’est-à-dire récitées avec un accompagnement musical. Cela explique sans doute leur forme très spécifique, fondée sur l’emploi exclusif de la laisse (strophe de longueur irrégulière) ainsi que sur le retour de formes stéréotypées (assimilables à des refrains). Les conteurs durent par nécessité morceler ces chansons très amples et, pour que leurs auditeurs n’oublient pas un jour les événements narrés la veille, ils commençaient chaque soir par un résumé des épisodes précédents, d’où les nombreux passages répétés.
Les chansons de geste sont traditionnellement réparties en trois grands ensembles, ou cycles, en fonction du personnage principal qu’elles mettent en scène ou du thème dominant dont elles traitent.
Le premier cycle est celui de la Geste du roi, qui a pour noyau la fameuse Chanson de Roland (v.1100), attribuée au poète normand Turold. Ce cycle, qui comprend une vingtaine de chansons, célèbre les expéditions et les guerres menées par Charlemagne contre les infidèles. Le deuxième cycle est la Geste de Guillaume, encore appelé Cycle de Garin de Monglane!; constitué de vingt-quatre chansons, il forme un ensemble narratif gigantesque et touffu dont le héros principal est Guillaume d’Orange (qui a pour ancêtre légendaire Garin de Monglane). Tous les héros de ce cycle sont de petits souverains du Midi qui défendent la France contre les Sarrasins. Enfin, le Cycle de Doon de Mayence est composé de chansons qui mettent en scène divers héros en lutte contre le roi ou l’empereur: confrontés à des problèmes de droit féodal, ils sont en proie aux tentations de la rancune, de l’orgueil et de la violence.
Les chansons de geste sont à l’origine des romans courtois, et tout particulièrement des récits en vers de Chrétien de Troyes.

Santillana, Iñigo López de Mendoza, marquis de (1398-1458), poète et homme politique espagnol, qui usa de son influence dans le monde des lettres espagnoles au XVesiècle pour faire connaître les auteurs anciens et les poètes italiens.
Iñigo López de Mendoza fut formé à la cour d’Aragon!; par la suite, il revint en Castille et prit part aux grands mouvements politiques de son temps. Il combattit les Aragonnais (1429) et participa à la reconquête de l’Espagne après l’invasion des Maures (1438). C’est pour sa bravoure à la bataille d’Olmedo (1445) qu’il reçut le titre de marquis de Santillana.
Cet homme de guerre était en même temps un amateur d’art cultivé et un lettré raffiné, curieux de tout. Il possédait d’ailleurs une très riche bibliothèque, et c’est grâce à lui que de grands auteurs grecs ou latins, comme Homère, Virgile et Sénèque, furent traduits en espagnol. Il fut lui-même auteur de sonnets et de poèmes lyriques, dont le caractère allégorique était nettement influencé par Dante, Pétrarque et Boccace, mais il devint un poète célèbre surtout grâce à ses Serranillas, des chansons pastorales, ou «!pastourelles!», où il revisitait le motif figé de la rencontre d’un chevalier et d’une bergère. Il écrivit également des poèmes didactiques et des Proverbes (1437) qui connurent un grand succès. La préface qu’il fit à ses Œuvres complètes est le premier essai en espagnol sur l’art de la critique littéraire.

Manrique, Jorge (v.1440-1479), poète espagnol.
Descendant d’une famille d’ancienne et de noble lignée, né vraisemblablement à Paredes de Nava, Jorge Manrique prend part en 1465 à la révolte des nobles castillans contre le roi HenriIV de Castille. À la mort de ce dernier, en 1474, il participe à la guerre de Succession opposant les partisans de Jeanne la Beltraneja, fille d’HenriIV, à ceux d’Isabelle la Catholique, demi-sœur du roi. Soutenant Isabelle contre sa nièce, Manrique s’illustre par quelques faits d’armes, dont les plus marquants sont l’occupation de CiudadReal (été 1475) et la bataille d’Uclès (1476). Il meurt au combat quelques années plus tard.
De l’œuvre de Jorge Manrique, neveu du poète Gómez Manrique (v.1412-v.1490) dont il suit les traces, seuls quarante-huit poèmes ont été conservés!; il s’agit, pour la plupart, de poésies amoureuses, auxquelles s’ajoutent quelques poésies burlesques ainsi qu’un poème, sans doute son plus célèbre: Stances sur la mort de son père (Coplas a la muerte del maestre de Santiago don Rodrigo Manrique, 1476), composé en hommage à son père, don Rodrigue Manrique. L’émotion qui se dégage de cet éloge funèbre, la profondeur et la sincérité avec lesquelles le poète exprime ses sentiments face à la brièveté de la vie et à la vanité des choses de ce monde font de ces stances (ou coplas), constituées de quatre tercets chacune, l’une des plus fameuses élégies de la littérature espagnole.

Amadis de Gaule, titre d’un roman de chevalerie, racontant les aventures du héros du même nom. L’origine du roman demeure mystérieuse: la première mention d’un Amadis (en deux livres) apparaît, en Espagne, entre (1345 et 1350)!; selon une théorie controversée, le roman serait dû à un poète portugais Vasco de Lobeira (XIVesiècle). En 1508, l’Espagnol García Rodríguez (ou Ordóñez) de Montalvo publia l’histoire après avoir remanié les trois premiers livres auxquels il en ajouta un quatrième. Par sa thématique et sa structure, Amadis est proche de la légende arthurienne. Fils de Perion, roi de Gaule, Amadis réussit, au terme d’exploits inouïs, à épouser Oriane, fille du roi du Danemark. Tenus dès leur naissance hors des lois communes, les héros sont mêlés à des aventures grandioses au cours desquelles se révèle la pureté de leurs sentiments -loyauté, vaillance, abnégation, fidélité amoureuse-, et la dimension héroïque de leur destin. Le roman jouit d’une immense popularité comme en témoignent les innombrables refontes, imitations (Bernardo Tasso, 1560) dont il fut l’objet: traduit en français par Herberay des Essarts (1540), il passa en Allemagne et en Angleterre, où il fut traduit dès 1567. Le poète Robert Southey en a donné une version abrégée en 1803.

Cervantès (1547-1616), écrivain espagnol du Siècle d’or, auteur de DonQuichotte.
Biographie
Une vie militaire aventureuse
Miguel de Cervantes Saavedra, dit Cervantès en français, naquit en Castille, à Alcalá de Henares, le 29septembre 1547. Fils d’un chirurgien modeste, il grandit au milieu d’une famille nombreuse. Alors qu’il était encore étudiant à Madrid en 1568, il publia quelques poèmes à la mémoire d’Élisabeth de France, reine d’Espagne.
En 1569, il partit pour Rome et, l’année suivante, entra au service du cardinal Giulio Acquaviva. Grisé de rêves héroïques, il rejoignit alors un régiment de l’armée espagnole basé à Naples. En 1571, il prit part à la bataille navale de Lépante contre les Turcs, au cours de laquelle il perdit la main gauche, ce qui lui valut le surnom de «!manchot de Lépante!». Quatre années plus tard, tandis qu’il rentrait en Espagne, Cervantès fut enlevé par des pirates de Barbarie et emmené en Algérie comme esclave, en attendant qu’une rançon fût versée contre sa libération. Il resta ainsi prisonnier cinq ans, non sans faire plusieurs tentatives pour s’échapper, car c’est en 1580 seulement que ses parents et ses amis parvinrent à réunir la somme d’argent requise pour la rançon.
Une vie de labeur et d’écriture
Cervantès était âgé de trente-trois ans quand il regagna l’Espagne. Le courage exceptionnel qu’il avait montré lors de ses années passées au service de la patrie et pendant son aventure algérienne ne lui permit pas de trouver un emploi au sein d’une famille de la noblesse, aussi se consacra-t-il essentiellement à l’écriture entre 1582 et 1585: il produisit alors, à une incroyable cadence, des poèmes et des pièces de théâtre, qui ont presque tous disparu aujourd’hui. À Madrid, il fréquentait nombre d’écrivains comme Calderón, Quevedo ou Fernando de Herrera. Lui-même acquit une notoriété relative grâce à un roman pastoral, la Galatée (1585), sans pour autant pouvoir vivre de sa plume.
Le 12décembre 1584, il épousa dona Catalina de Palacios y Vozmediano, fille d’un propriétaire d’Esquivias. Il se vit alors confier de modestes charges gouvernementales, telles que l’approvisionnement de la flotte de l’Invincible Armada ou, plus tard, la collecte des impôts. Cette dernière fonction lui valut d’être soupçonné de malversations par les autorités et emprisonné à plusieurs reprises.
De Séville à Madrid, il traîna, dans l’ensemble, une existence plutôt sordide et besogneuse, mais qui devait fournir un riche matériau à son génie littéraire. C’est durant sa période de détention que, s’inspirant de ses propres rêves guerriers et de ses désillusions, il imagina l’histoire d’un homme persuadé d’être un chevalier errant, en quête de superbes exploits tels qu’ils sont relatés dans les récits de chevalerie médiévaux (voir Geste, chansons de). Cette histoire donna lieu à un récit, dont la première partie parut en 1605 sous le titre l’Ingénieux Hidalgo DonQuichotte de la Manche: son succès fut tel que, moins de deux semaines après la parution de l’original, trois éditions pirates furent mises en vente à Madrid. Cervantès eût pu gagner là beaucoup d’argent, s’il avait eu le sens des affaires!; au lieu de cela, toujours poursuivi par la malchance, il fut pénalisé par la mise en circulation de ces contrefaçons.
Huit ans plus tard, en 1613, Cervantès publia Nouvelles exemplaires, recueil de douze récits (voir Nouvelle), dont certains ressemblent aux romans à la mode italienne, tandis que d’autres évoquent la criminalité à Séville et que d’autres encore relèvent de l’étrange et du bizarre. L’un de ces récits, intitulé «!le Dialogue des chiens!», est particulièrement célèbre pour sa verve satirique.
En 1614, Cervantès écrivit le Voyage au Parnasse, qui est probablement son texte le plus intime, puisqu’il s’y livre totalement, sur le ton de la confession, en affirmant son idéal stoïque. Cet ouvrage fut suivi, en 1615, de la seconde partie de DonQuichotte. Enfin, cédant aux rêves héroïques de sa jeunesse, Cervantès acheva, quatre jours avant de mourir, un ultime roman, un roman de chevalerie fantastique et allégorique: les Travaux de Persilès et Sigismonde (posthume, 1617). Il s’éteignit à Madrid, le samedi 23avril 1616 et fut enterré au couvent de la calle del Humilladero.
Le chef-d’œuvre: DonQuichotte
L’histoire littéraire considère généralement que le chef-d’œuvre de Cervantès, DonQuichotte, constitue le premier roman moderne. L’auteur y fait une satire remarquable non seulement des romans de chevalerie du Moyen Âge et du début de la Renaissance, qui connaissaient alors un succès considérable, mais également des romans pastoraux et sentimentaux contemporains, également très populaires.
Une critique de l’idéalisme et de l’aveuglement
Le héros du roman, donQuichotte, est un gentilhomme âgé vivant modestement à la campagne. Lecteur passionné des récits épiques médiévaux tombés en désuétude, il rêve de remettre à l’honneur la chevalerie et les exploits chevaleresques.
Dans la première partie du récit, donQuichotte part sur un vieux cheval, Rossinante, combattre le mal où qu’il se trouve. Armé de pied en cap, il est accompagné du naïf Sancho Pança, son écuyer fidèle et plein de bon sens. Sous l’emprise de son obsession, donQuichotte s’en va défendre les orphelins, protéger les jeunes filles et les veuves, aider les nécessiteux!; il cherche ainsi à rétablir la justice et à servir la vérité et la beauté.
Ses aventures et ses escarmouches, aussi insolites qu’inappropriées à la situation, se révèlent souvent grotesques. C’est ainsi qu’il attaque un moulin à vent, le prenant pour un géant, ou bien encore qu’il charge un troupeau de moutons, le confondant avec une armée. Aveuglé par ses illusions, il est incapable de tenir compte des mises en garde de Sancho Pança, dont le bon sens terre-à-terre n’a d’égal que l’idéalisme obstiné de son maître. Cette partie du roman dépeint, en jouant sur les effets de contraste, la complémentarité des points de vue des deux personnages, qui ne sont ni l’un ni l’autre dans le vrai et dans la sagesse, puisque l’un pêche par trop de rêves chimériques, quand l’autre le fait par trop de trivialité.
Leçons de DonQuichotte
Dans la seconde partie du récit, la distance qui sépare l’idéalisme de donQuichotte du bon sens de Sancho Pança est moins évidente. DonQuichotte se montre plus raisonnable, et son écuyer commence à comprendre les illusions de son maître. À la fin de l’histoire, donQuichotte regagne son village et renonce à la chevalerie: il a compris son erreur et sait qu’«!aujourd’hui, les nids de l’année précédente sont vides!». Mais ce retour à la réalité est pour lui un tel bouleversement qu’il se solde par la maladie et la mort.
Le paradoxe et la force de DonQuichotte trouvent leur origine dans les aspirations contradictoires de l’auteur qui, habité de chimères, se défend d’y céder, mais ils résident aussi dans un subtil mélange d’imaginaire, d’ironie et de réalisme. Cet ouvrage est l’œuvre d’un homme mûr, qui a combattu et connu la prison, qui a fréquenté les instances militaires et politiques de son pays, qui en connaît les institutions et qui a observé les hommes: DonQuichotte est riche de cette expérience souvent pénible et de cette sagesse patiemment acquise.
L’héroïsme, vertu première de l’Espagne conquérante et catholique, est la principale cible de l’ironie de Cervantès. À travers la folie chevaleresque de son héros dérisoire, l’auteur souligne combien l’héroïsme se rattache en fait à un monde disparu -celui de l’univers médiéval- et combien il est devenu inopérant dans le monde actuel, où les valeurs marchandes et le pragmatisme bourgeois s’imposent progressivement.
Postérité
DonQuichotte eut une influence considérable sur le développement du roman en prose: traduit dans toutes les langues modernes, il a fait l’objet de quelque sept cents éditions et a inspiré de très nombreux artistes, tels que Giovanni Paisiello, Jules Massenet et Manuel de Falla, qui tous composèrent des opéras à partir du roman. DonQuichotte fut également mis en musique par Richard Strauss. En 1933, il fut adapté au cinéma par G.W.Pabst, réalisateur autrichien et, en 1957, par Grigori Kozintsev, cinéaste russe!; en 1965, George Balanchine en fit un ballet. L’œuvre de Smollett, celles de Defoe, de Fielding et de Sterne portent la marque de son influence. Au XIXesiècle, le thème de DonQuichotte inspira encore nombre de romanciers comme Dickens ou Flaubert, Dostoïevski (l’Idiot) ou encore Gogol (les Âmes mortes). À la même époque, des artistes tels qu’Honoré Daumier et Gustave Doré trouvèrent également une source d’inspiration dans les aventures de donQuichotte et Sancho Pança.
Voir Narration.

Guevara, Antonio de (v.1480-1545), écrivain espagnol. Né à Treceño, dans la province de Santander, il entra dans les ordres franciscains puis fut nommé par Charles Quint prédicateur et historiographe de la Cour en 1518 et inquisiteur en 1523. Il devint ensuite évêque de Cadix en 1528 puis de Mondoñedo en 1539. Son ouvrage, el Libro llamado Reloj de Príncipes, en el cual va encorporado el muy famoso libro del emperador Marco Aurelio, «!le Livre appelé Horloge des Princes, auquel est incorporé le plus fameux livre de Marc Aurèle!», 1529, se voulait au départ une biographie objective de l’empereur romain Marc Aurèle, mais en fait, on y trouve le portrait d’un prince parfait, l’auteur ayant souhaité en faire un modèle pour tous les souverains. Comme dans l’ensemble de son œuvre, Guevara fait usage de didactique et écrit dans un style maniéré et précieux que John Lyly élaborera encore, créant une mode littéraire, l’«!euphuisme!». Guevara écrivit d’autres œuvres majeures dont Epístolas familiares (1539-1542), Menosprecio de corte y alabanza de aldea (1539) et La Década de Césares (1539). Ils furent tous très populaires du vivant de leur auteur mais de nos jours ils sont surtout compulsés pour leur intérêt historique.

Guevara, Antonio de (v.1480-1545), écrivain espagnol. Né à Treceño, dans la province de Santander, il entra dans les ordres franciscains puis fut nommé par Charles Quint prédicateur et historiographe de la Cour en 1518 et inquisiteur en 1523. Il devint ensuite évêque de Cadix en 1528 puis de Mondoñedo en 1539. Son ouvrage, el Libro llamado Reloj de Príncipes, en el cual va encorporado el muy famoso libro del emperador Marco Aurelio, «!le Livre appelé Horloge des Princes, auquel est incorporé le plus fameux livre de Marc Aurèle!», 1529, se voulait au départ une biographie objective de l’empereur romain Marc Aurèle, mais en fait, on y trouve le portrait d’un prince parfait, l’auteur ayant souhaité en faire un modèle pour tous les souverains. Comme dans l’ensemble de son œuvre, Guevara fait usage de didactique et écrit dans un style maniéré et précieux que John Lyly élaborera encore, créant une mode littéraire, l’«!euphuisme!». Guevara écrivit d’autres œuvres majeures dont Epístolas familiares (1539-1542), Menosprecio de corte y alabanza de aldea (1539) et La Década de Césares (1539). Ils furent tous très populaires du vivant de leur auteur mais de nos jours ils sont surtout compulsés pour leur intérêt historique.

Luis de León (1527-1591), poète et mystique espagnol qui contribua grandement à la littérature de son pays à la Renaissance. Né à Belmonte, il fut tout d’abord moine puis grand vicaire et enfin archevêque de l’ordre de saint Augustin. Il enseigna également la théologie et la philosophie à l’université de Salamanque où il fut bientôt renommé pour sa connaissance exceptionnelle de la culture et de la langue hébraïques, mais aussi du latin, du grec et de l’italien, ce qui lui permit de traduire certains livres de l’Ancien Testament, des textes de l’Antiquité gréco-romaine ainsi que des ouvrages d’écrivains italiens de son époque. De ses poèmes lyriques, vingt-quatre seulement nous sont parvenus, témoins de l’humanisme de leur auteur ainsi que de sa grande érudition. Les Noms du Christ (1583) est un chef-d’œuvre de la prose lyrique du Siècle d’or espagnol, ainsi que la Parfaite Épouse (1583), un traité de morale. Sous l’Inquisition, Luis de León fut emprisonné quatre années parce qu’il se référait plus souvent au texte hébreu de la Bible qu’à la Vulgate.

Jean de la Croix, saint (1542-1591), docteur de l’Église et poète espagnol, né le 24juin 1542, à Fontiveros, de son vrai nom Juan de Yepes y Álvarez. Il devint moine carmélite en 1563 et fut ordonné prêtre en 1567. Sainte Thérèse d’Ávila lui ayant demandé son aide pour fonder une nouvelle branche de l’ordre des Carmélites, il créa, en 1568, le premier monastère de l’ordre des Carmes déchaussés, qui prône une vie faite de contemplation et d’austérité. Ses tentatives de réforme monastique lui ont valu des peines de prison en 1576 et en 1577!; c’est là qu’il trouva l’inspiration de ses écrits les plus célèbres. Sa poésie aborde le thème de la réconciliation des êtres humains avec Dieu, grâce à un long chemin spirituel qui commence par la communion et la renonciation aux plaisirs terrestres. Sa réussite poétique consiste à avoir su concilier les aspirations irrationnelles du mysticisme avec les préceptes théologiques et philosophiques de saint Thomas d’Aquin. Parmi ses œuvres majeures, il faut retenir les émouvants poèmes la Montée du mont Carmel, la Vive Flamme d’amour et le Cantique spirituel. Son poème le plus célèbre, la Nuit obscure, montre comment l’âme peut chercher et atteindre l’union avec Dieu grâce à une expérience similaire à celle de la crucifixion et la gloire du Christ. Saint Jean de la Croix finit sa vie dans la solitude et s’éteignit le 14décembre 1591, à Úbeda. Il fut canonisé en 1726.

Herrera, Fernando (1534-1597), poète espagnol, surnommé «!le Divin!» par ses contemporains, dont l’œuvre incarne le souffle novateur de l’italianisme dans la poésie castillane.
Peu d’informations nous sont parvenues sur sa famille et sur l’éducation qu’il a reçue (on sait toutefois qu’il est né à Séville), il est fort probable qu’il a vécu dans une famille aisée et qu’il possède une bonne culture. Ordonné prêtre après ses études ecclésiastiques, il se consacre dès lors entièrement à l’étude et à la poésie, vivant sans aucun faste des rentes que lui procure sa charge de bénéficiaire de l’église Saint-André de Séville. Considérée comme le meilleur exemple de l’humanisme sévillan, son œuvre se caractérise par le culte de la beauté formelle, la fidélité aux modèles classiques et la pureté de la langue poétique!; elle s’oppose ainsi au spiritualisme moins rhétorique de l’école salamantine, dont la figure la plus marquante est le poète et mystique Luis de León. Sa production littéraire atteint la perfection avec ses pièces patriotiques et amoureuses, qui empruntent les formes les plus diverses: sonnet, élégie, chanson, stance, églogue. On lui doit également la traduction de poètes classiques italiens, ainsi que des commentaires sur les œuvres de Garcilaso de la Vega (Annotations aux œuvres de Garcilaso [Anotaciones a las obras de Garcilaso de la Vega], 1580), qui suscitèrent en leur temps des controverses passionnées.

Góngora y Argote, Luis de (1561-1627), poète lyrique et auteur dramatique espagnol. Né à Cordoue dans une famille de la noblesse provinciale aisée, il fit des études à l’université de Salamanque, avant d’entrer dans les ordres. Il accéda d’abord à une position mineure dans la hiérarchie cléricale, puis devint chapelain de PhilippeIII et fréquenta la cour. Son style novateur a introduit le baroque en littérature: raffiné et précieux jusqu’à l’outrance, chargé de métaphores et de figures de rhétorique, il a fait école sous le nom de «!gongorisme!», ou cultisme (du latin cultus, cultivé), équivalent de l’euphuisme dans la poésie élisabéthaine. Ce style remporta une large adhésion du public jusqu’à ce que ses imitateurs, dépourvus de talent, en fissent un usage abusif, entraînant la décadence du genre.
Longtemps oubliée, l’œuvre de Góngora a cependant retrouvé son influence et sa popularité en Espagne au cours de la première moitié du XXesiècle. Parmi ses œuvres, écrites au moment de la pleine maturité de son talent, figurent les célèbres et longs poèmes parodiques intitulés la Fable de Polyphème et Galatée (1612) et son chef-d’œuvre inachevé, les Solitudes (v.1613). Fortement empreint de syntaxe latine, ce poème pastoral, d’une grande richesse d’inspiration, établit une comparaison entre la beauté simple d’une nature délicieuse et la vie humaine.

Quevedo y Villegas, Francisco Gómez de (1580-1645), écrivain et satiriste espagnol, qui fut le créateur et l’un des représentants du conceptisme, une des formes du baroque espagnol.
Francisco Gómez de Quevedo y Villegas naquit à Madrid et fut éduqué chez les jésuites. Né dans une famille de courtisans, il put observer à la cour les travers des grands seigneurs qui allaient nourrir son œuvre. De tempérament aventureux, il remplit diverses missions diplomatiques délicates, secrètes et souvent périlleuses, notamment en Italie entre 1613 et 1620. Après des fortunes diverses dans sa carrière de courtisan et quelques emprisonnements, il fut attaché comme secrétaire au service du roi PhilippeIV (1623) mais, suspecté d’être l’auteur d’une satire contre le gouvernement, il fut emprisonné de nouveau dans un couvent entre 1639 et 1643.
Quevedo fut l’un des écrivains les plus influents de son époque!; poète et philosophe, il fut surtout un brillant satiriste et un moraliste à la plume acide. Il s’illustra tout particulièrement dans le pamphlet, où il ridiculisait des «!types!» sociaux davantage encore que des personnages réels du royaume. Ses œuvres satiriques lui valurent d’être considéré comme l’un des maîtres de l’écriture baroque. Il fut d’ailleurs le créateur du «!conceptisme!», l’un des différents styles de la période baroque, qui consistait en une écriture sophistiquée, dominée par le trait d’esprit, le paradoxe et les jeux de mots. Parmi ses œuvres majeures, il faut retenir surtout le roman picaresque et humoristique Histoire de la vie du filou don Pablo (1626), qui le rendit célèbre, mais aussi les Songes (1627), où il met en scène, sous un jour grotesque, des personnages de toutes les classes sociales au sein d’un enfer de fantaisie baroque.

Thérèse d’Ávila, sainte (1515-1582), religieuse et mystique espagnole qui fonda l’ordre des Carmélites déchaussées.
Teresa de Cepeda y Ahumada est née à Ávila le 28mars 1515. Elle fit ses études au couvent des Augustines et, en 1536, entra au carmel de l’Incarnation. En 1555, après de nombreuses années marquées par une grave maladie et des exercices religieux de plus en plus stricts, elle connut une expérience mystique où se mêlaient des visions de Jésus-Christ, de l’enfer, des anges et des démons. Longtemps préoccupée par le relâchement de discipline qui régnait chez les carmélites, elle décida de se consacrer à la réforme de son ordre et fonda, en 1562, le couvent de Saint-Joseph d’Ávila, dans lequel les carmélites observaient la règle primitive du carmel. Sa réforme fut approuvée par Rome et étendue à toute l’Espagne où elle contribua, avec l’aide de saint Jean de la Croix à la création de seize carmels féminins.
Organisatrice émérite, Thérèse d’Ávila fut aussi un maître de la spiritualité chrétienne et sut affirmer la puissance de l’oraison, de la prière et de la pénitence, l’importance de la contemplation et de l’action missionnaire, au moment où la confusion luthérienne menaçait l’unité catholique. Ses écrits, dans un style très humble et proche de la conversation, témoignent de son action comme de sa grande spiritualité. Outre une autobiographie spirituelle, le Livre de la vie (écrit en 1562-1565), elle raconte l’histoire de son action dans le Livre des fondations (1573, publié en 1610) et destine aux moniales du couvent d’Ávila des conseils pour suivre le Chemin de la perfection (commencé en 1562, publié en 1583)!; le Livre des demeures ou le Château intérieur (1577, publié en 1588) est une description, dénuée de toute sècheresse théorique, des sept degrés que l’âme doit franchir pour parvenir à l’union avec Dieu. Canonisée en 1622, elle fut la première femme à être proclamée docteur de l’Église en 1970. Fête le 15octobre.

Suárez, Francisco (1548-1617), théologien et philosophe jésuite espagnol, précurseur du droit international.
Suárez naquit à Grenade le 5janvier 1548, et étudia le droit canon à Salamanque. Il enseigna au collège romain à Rome et à Salamanque. Il fut plus tard nommé à la chaire de théologie de l’université de Coimbra au Portugal. Il mourut à Coimbra le 25septembre 1617.
Écrivain prolifique et disciple de la philosophie de saint Thomas d’Aquin, Suárez est reconnu comme un théologien majeur. Il écrivit plusieurs traités de théologie, de métaphysique et de droit. Il argumenta contre la théorie du droit divin des rois et développa un système de droit pénal et civil tenant compte des principes de la responsabilité civile et de la justice légale. Il condamna l’exploitation éhontée des peuples indigènes du Nouveau Monde par les colons espagnols et définit les différentes nations et États du monde comme une «!communauté naturelle!», avec un certain degré d’unité morale et politique. Suárez soutenait que les relations internationales relevaient du droit des peuples (ius gentium), fondé sur le droit naturel, défini par un ensemble de coutumes et la tradition, et le droit positif, défini par statut!; en cela, il présageait les fondations du droit international.
Parmi ses œuvres théologiques et philosophiques principales figurent un commentaire en cinq volumes de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, écrit entre 1590 et 1603!; Disputationes metaphysicae («!Débats métaphysiques!»!; 2vol., 1597)!; De legibus («!Des lois!», 1612)!; et De divina gratia («!La grâce divine!»), publié de manière posthume en 1620.

Pastoral, genre, genre romanesque, dramatique et poétique, illustré par des œuvres aristocratiques qui mettent en scène les amours de bergers de fantaisie dans une nature idyllique.
La pastorale trouve son origine dans l’Antiquité, avec des auteurs tels que Virgile (les Bucoliques), mais elle connut une vogue importante surtout à partir de la Renaissance.
Le genre pastoral est devenu à la mode avec un roman italien, l’Arcadie (1502) de Sannazzaro. Tous les traits canoniques qui seront ceux du genre sont déjà présents dans ce texte: les personnages de bergers et de bergères, la région mythique de l’Arcadie, la situation de l’action dans un temps assimilable à un âge d’or, l’élaboration d’une philosophie amoureuse raffinée faite de longues dissertations sur le sentiment amoureux et de digressions, le jeu des intrigues parallèles.
Deux autres romans espagnols de la fin du XVIesiècle, la Diana (1559) de Montemayor et, surtout, la Galatea (1585) de Cervantès, jouèrent un rôle important dans la diffusion du mythe pastoral auprès des milieux aristocratiques. En Italie, la tradition pastorale dramatique est représentée par l’Aminta (1573) du Tasse et le Pastor fido (1589) de Guarini, qui remportèrent un grand succès.
En France, le roman pastoral fut très prisé au XVIIesiècle!; genre aristocratique, il se rattache à plus d’un titre au roman sentimental, à l’égard duquel il présente néanmoins des différences notables. Le prototype du roman pastoral est l’Astrée (1607) d’Honoré d’Urfé.
Cet ouvrage, le plus célèbre de tous les romans pastoraux du XVIIesiècle, connut en son temps un immense succès et constitue le modèle indépassable du genre. Le cadre de ce roman est le Forez, la région dans laquelle d’Urfé avait été élevé. L’intrigue, située très loin dans le temps, au Vesiècle, est centrée sur les amours d’Astrée et de Céladon, de Diane et de Sylvandre, et celles de l’inconstant Hylas. Tous ces personnages sont des «!bergers!», ou plutôt des seigneurs dont les ancêtres ont choisi de se retirer dans la vallée du Lignon, loin du bruit du monde. La condition de berger philosophe correspond à un idéal de retraite paisible et bucolique, symboliquement consacrée aux conversations philosophiques et aux entretiens amoureux. Les personnages, dont la beauté et les sentiments n’ont rien à envier à leur noblesse, vivent dans une pauvreté symbolique, sans comparaison avec la misère populaire. La société aristocratique se reconnut dans ce livre, qui fut aussi pour elle un bréviaire de la conduite amoureuse. Les romans pastoraux qui suivirent l’Astrée s’en inspirèrent, voire le plagièrent au point de figer définitivement le genre et de le faire paraître ennuyeux et stéréotypé.
La pastorale dramatique s’épanouit également dans les premières décennies du XVIIesiècle, avec des œuvres comme les Bergeries (1625) de Racan.
Le goût du XVIIIesiècle pour une nature idéale, civilisée et douce, remit la pastorale à l’honneur après une brève éclipse!; le genre se chargea alors d’un discours philosophique nouveau (Idylles, de Gessner).

Picaresque, roman, genre romanesque issu de la littérature espagnole, qui présente la formation d’un jeune héros inexpérimenté.
Le roman picaresque participe du récit d’aventures et du roman de formation. Le héros picaresque, jeune et naïf, aux prises avec un monde livré à la misère la plus noire, miséreux lui-même, court les routes, devient valet, voleur, mendiant, passe d’un maître à un autre. La narration consiste en une succession d’aventures et de mésaventures. Le nom de picaro signifie d’ailleurs très exactement «!aventurier!».
Le modèle picaresque date du Siècle d’or espagnol. L’œuvre considérée comme le premier roman picaresque est la Vie de Lazarillo de Tormes (1554), roman anonyme qui pose un certain nombre des traits caractéristiques du genre, et, en premier lieu, le caractère rétrospectif du récit, puisque le roman picaresque se présente toujours comme l’autobiographie fictive d’un picaro.
Le héros ingénu et enfantin de ce premier roman picaresque, Lazarillo, n’est pas encore appelé un picaro, et son histoire est celle d’une ascension sociale, dans la mesure où de mésaventures en déconvenues, de tromperies en vols, Lazarillo finit par réussir à échapper à sa misère initiale. Il y a dans le picaresque espagnol une dimension qui explique qu’on ait décrit ces romans comme retraçant une épopée du ventre et de la faim.
C’est à partir du Guzmán de Alfarache (1598), de Mateo Alemán, que le héros sera le picaro par excellence, un mendiant et un voleur, qui évolue dans un monde décrit sans illusion aucune, où l’on trouve de faux prêtres, de faux mendiants, des avares, des voleurs et des ruffians. Le Guzmán de Mateo Alemán est un galérien, passé maître dans l’art de voler et de tromper.
Il existe aussi une version féminine du personnage du picaro, la Picara Justina (1605). La Célestine (1499), de Fernando de Rojas, n’est pas à proprement parler un roman picaresque, mais ce récit dialogué comporte des personnages (comme celui de l’entremetteuse) que la littérature picaresque mettra souvent en scène, notamment Daniel Defoe dans Moll Flanders (1722). Le Buscón (1626), de Quevedo, continue la tradition picaresque en accentuant sa dimension aventureuse.
En Allemagne, la tradition picaresque est représentée par les Aventures de Simplicius Simplicissimus (1669), de Grimmelshausen, dont le très candide héros, chassé de la paisible maison paternelle, va connaître les aventures les plus extraordinaires. Le Gil Blas de Santillane (1715-1735), de Lesage, constitue la synthèse d’un genre irrévocablement lié à la littérature du Siècle d’or espagnol et de l’ironie du XVIIIesiècle. Le héros, Gil Blas, valet de multiples maîtres et enfin maître lui-même, s’inscrit dans la tradition picaresque: c’est un bon garçon, un peu simple, jeté sur les routes par des successions de hasards, et qui, une fois devenu riche et honnête, raconte son histoire.
Le roman picaresque de Daniel Defoe, Moll Flanders, est l’histoire des «!heurs et malheurs de la célèbre Moll Flanders, qui naquit à Newgate, et fut douze ans une catin, cinq fois une épouse, douze ans une voleuse, huit ans déportée pour ses crimes, et enfin devint riche, vécut honnête et mourut pénitente!». On doit enfin à Tobias Smollett deux autres romans picaresques, les Aventures de Roderick Random (1748) et les Aventures de Peregrine Pickle (1751).
Voir aussi Bildungsroman.

Alemán, Mateo (1547-v.1615), romancier espagnol célèbre pour son roman picaresque, Guzmán de Alfarache (1599 et 1603). Fils du médecin de la prison royale de Séville, Alemán étudia les arts et la médecine, et connut à deux reprises la prison pour dettes. Reprenant la trame des Aventures de Lazarillo de Tormes (1554), paru anonymement en 1544, le roman d’Alemán est le récit autobiographique décrit par un pícaro, individu d’ignoble extraction, de ses tribulations à travers le monde et la racaille, jusqu’à sa condamnation aux galères. En proposant à chaque épisode une réflexion morale et une repentance une fois qu’il est aux galères, Guzmán découvre que la morale de l’honneur n’est qu’un masque. Quelle que soit sa naissance, tout individu est enclin au mal de par le péché originel: seul l’exercice du libre-arbitre -pécher ou ne pas pécher- ouvre une perspective de salut. Illustrant la parabole de l’Évangile

Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers,

Guzmán de Alfarache inscrit la problématique picaresque dans le christianisme. Maintes fois édité et imité, l’ouvrage fut traduit en français par Jean Chapelain et adapté par René Lesage.

Gracián y Morales, Baltasar (1601-1658), écrivain et religieux espagnol, qui est, avec Quevedo y Villegas, l’un des plus talentueux prosateurs du «!conceptisme!» baroque, ou conceptismo (voir Espagnole, littérature).
Né près de Calatayud (province de Saragosse), il reçoit l’enseignement des jésuites puis entre, en 1619, dans la Compagnie de Jésus. Il y prononce ses vœux solennels le 25juillet 1635. Il enseigne entre-temps dans les collèges de Calatayud, Saragosse et Tarragone et jouit d’une certaine célébrité comme prédicateur à Madrid. C’est d’ailleurs à la prédication qu’il choisit de se consacrer exclusivement à partir de 1637. Plusieurs séjours à Madrid, dans les années 1640-1641, l’amènent à fréquenter l’historien poète Hurtado de Mendoza!; ce dernier l’introduit auprès du roi PhilippeIV, auquel Gracián a le privilège de remettre un exemplaire de son premier recueil de maximes, le Héros (el Héroe, 1630), sorte de traité politique énumérant les vertus de l’homme supérieur.
Ses difficultés commencent lorsqu’il publie sans autorisation un autre recueil de maximes morales jugé mondain, l’Homme de cour (el Oráculo manual y arte de prudencia, 1647), sorte de portrait en même temps que traité pratique de l’«!honnête homme!». Opiniâtre, passant outre les réprimandes et les interdictions de publier que lui adressent ses supérieurs, il s’entête dans sa rébellion et fait paraître en 1651, sous un nom d’emprunt qui ne trompera personne, la première partie de l’Homme détrompé (el Criticón). Poursuivant la publication des deux derniers volumes (en 1653 et 1657), malgré de nouvelles admonestations des Jésuites, il se voit cette fois frappé de sanctions disciplinaires: ses écrits sont saisis et, nonobstant son souhait de changer d’ordre religieux, sa hiérarchie l’écarte en lui confiant d’importantes fonctions au collège de Tarazona (Saragosse).
Esprit subtil, scrutateur sagace, mais sans illusion, des passions et des mœurs humaines, doué de surcroît d’une éloquence virtuose -jugée parfois verbeuse aujourd’hui-, Baltasar Gracián est le dernier, et probablement le plus important, des moralistes espagnols du Siècle d’or. Tant par sa vie que par son tempérament, il se distingue de presque tous les écrivains de son siècle, pour n’avoir jamais occupé de fonction élevée, n’être jamais parvenu aux plus hautes dignités, et pour n’avoir de surcroît jamais recherché la faveur du public.
Son œuvre est tout à la fois celle d’un moraliste, d’un philosophe et d’un théoricien du style. Dans Traité des pointes et du bel esprit (Agudeza y arte de ingenio, 1642), Gracián procède à un inventaire des artifices formels propres au style baroque, illustré de citations puisées dans les littératures latine, espagnole et portugaise!; exposant ce faisant ses vues sur l’esthétique «!conceptiste!», il s’efforce de démontrer que, loin de se résumer à de simples et vains ornements formels, le recours à ces artifices, à ces figures de style -en particulier à la métaphore et à l’allégorie- procède d’une nécessaire spiritualisation de la langue afin qu’elle épouse l’intelligence humaine. Participant de l’épopée, du roman picaresque et du conte philosophique, l’Homme détrompé est, lui, un récit allégorique dans lequel deux personnages -le mentor et son disciple-, au terme d’un parcours initiatique -chacun des trois volumes correspond à un âge de la vie: la jeunesse, la maturité et la vieillesse-, font face à la désillusion. Représentant l’un l’instinct et l’homme naturel, l’autre la raison et l’homme de culture, mais n’étant en réalité que les deux facettes d’un même homme, ces deux personnages effectuent un pèlerinage qui les conduit de l’île de Sainte-Hélène à la France et l’Italie, et dont les multiples escales sont autant d’étapes de la vie. Profondément désenchanté, l’Homme détrompé se veut en définitive, face à la vanité des choses, une défense de la raison pratique, fondée sur l’expérience et règle de toute action. C’est cet aspect de son œuvre qui a valu à son auteur l’inimitié des Jésuites.

Cueva de Garoza, Juan de la (v.1550-1610), dramaturge et poète espagnol.
Né à Séville, Cueva se consacre entièrement à la poésie à partir de 1577, s’essayant à tous les genres: le poème d’inspiration mythologique (les Pleurs de Vénus sur la mort d’Adonis, 1583), le poème allégorique (le Voyage du poète Sannio au ciel de Jupiter, 1585), le poème épique (la Conquête de la Bétique, 1603), ou encore le poème généalogique (Histoire de la Cueva et de la décadence des ducs d’Albuquerque, 1586). Il compose également de nombreuses ballades et un Art poétique (1606).
Son théâtre comprend quatorze Comédies et Tragédies en quatre actes. Cueva s’inspire de l’Antiquité gréco-romaine (la Tragédie d’Ajax Télamon, v.1590!; le Sac de Rome, 1596). Il crée de nouvelles formes métriques et adapte pour la première fois au théâtre des ballades romantiques (Romanceros) issues de la tradition orale. Parmi ses œuvres les plus connues figurent son Ejemplar Poético (1606), un exposé en vers de ses théories sur la composition théâtrale (qui a influencé de nombreux dramaturges espagnols, notamment Lope de Vega), et une comédie de mœurs, le Diffamateur (1581), dont le personnage principal, Leucino, a sans doute servi de modèle au DonJuan de Tirso de Molina (le Trompeur de Séville, v.1625).

Castro y Bellvís, Guillén de (1569-1631), auteur dramatique espagnol.
Né à Valence, issu d’une famille illustre, Guillén de Castro y Bellvís fréquente de nombreuses personnalités célèbres et influentes. Il embrasse la carrière de capitaine dans les forces militaires de sa ville natale, puis voyage en Italie, où il est nommé gouverneur de Scigliano en 1607. Il se consacre d’abord à la poésie, rencontre Lope de Vega, qui devient son ami, et s’affirme comme l’un des plus fameux auteurs dramatiques de l’âge d’or de la littérature espagnole.
Une bonne partie des quelque trente comedias (genre hybride qui mêle la comédie et la tragédie) qu’a écrites Castro évoque les exploits légendaires du héros connu sous le nom de Cid Campeador. La plus célèbre d’entre elles, les Enfances du Cid (1618), a servi de modèle à Corneille lorsqu’il a composé son chef-d’œuvre, le Cid (1636). Son théâtre comprend des pièces chevaleresques (le Comte Alarcos, l’Heureux Désabusement), historiques (les Exploits du Cid), mythologiques (Procné et Philomène, Didon et Enée), des œuvres inspirées de Cervantès (DonQuichotte de la Manche) et des comédies de mœurs (Tromper en se trompant, le Narcissique).

Lope de Vega (1562-1635), Lope Félix de Vega Carpio, connu également sous le nom de Lope, poète et dramaturge espagnol, parmi les plus prolifiques et les plus talentueux des écrivains de l’âge d’or espagnol.
Fils d’un artisan, Lope de Vega naquit le 25novembre 1562, à Madrid. Après des études à l’université d’Alcala de Henares, il participa à la campagne militaire des Açores de 1583. En 1588, il servit dans l’Armada, après avoir été, à cause d’une liaison malheureuse, condamné pour diffamation et banni de Madrid. En 1614, à la mort de sa deuxième épouse, Lope se fit prêtre!; il continua néanmoins à mener sa vie littéraire et personnelle avec la même ambition, récoltant tout à la fois argent, amour et gloire, au point de devenir une sorte de légende vivante, en son pays et à l’étranger. Les derniers jours de sa vie furent pourtant marqués par des événements familiaux tragiques et par la solitude!; il mourut le 27août 1635, dans sa résidence de Madrid.
Lope est considéré comme le fondateur du théâtre national même s’il s’illustra dans tous les genres!; son ami et biographe, Juan Pérez de Montalván, lui reconnaît en effet la paternité de plus de 2000pièces: plus de 1500comedias et environ 400pièces religieuses (autos sacramentales). Ses pièces, composées en trois actes, présentent des aspects comiques et tragiques à la fois, utilisent généralement l’amour comme élément moteur et se caractérisent par leur conclusion rapide, qui apporte assez abruptement la solution de toutes les péripéties. On a reproché parfois à ses drames leur caractère populaire et réaliste, à ses personnages leur manque d’individualisation!; les classiques ont, quant à eux, surtout décrié son absence de respect des règles théâtrales qu’ils avaient fixées (composition en 5actes, règles de trois unités). Parmi ses œuvres, la Nuit de la Saint-Jean, l’une de ses dernières pièces et le Maître à danser, l’une de ses premières, sont des comédies de mœurs bien représentatives de son style. Avec l’Acier de Madrid (v.1613), il devait inspirer le Médecin malgré lui de Molière (1666). Certaines des pièces de Lope sont encore jouées régulièrement, en particulier Font-aux-Cabres (1618), Peribáñez (1614-1616), la Dame sotte (1613) et le Cavalier d’Olmedo (1620-1625).

Tirso de Molina (v.1583-1648), dramaturge et religieux espagnol de l’Âge d’or, dont la pièce la plus connue, le Trompeur de Séville, fut la première œuvre littéraire consacrée au personnage de DonJuan.
De son vrai nom Gabriel Téllez, Tirso de Molina naquit à Madrid et étudia à l’université d’Alcalá. C’est en 1600 qu’il entra comme novice au couvent de la Merced. Devenu par la suite un théologien et un historien respecté, il fut envoyé à Madrid et à Tolède. Partout, il participa activement à l’organisation de son Ordre, dont il devint le chroniqueur officiel en 1635. En 1645, il fut nommé prieur au monastère de Soria, où il termina sa carrière.
Sous l’influence de son ami, le dramaturge Lope de Vega, Tirso écrivit plusieurs centaines de pièces, dont quatre-vingts furent publiées. Ce faisant, il reprit à son compte un genre inventé par Lope, la comedia, mélange de comédie et de tragédie, mais en lui donnant une fonction nettement didactique. Sa pièce la plus célèbre reste certainement le Trompeur de Séville (v.1625), car cette comedia met en scène, pour la première fois dans l’histoire de la littérature, le héros légendaire DonJuan, fondant ainsi un mythe qui devait connaître une grande fortune littéraire, notamment avec DomJuan ou le Festin de Pierre de Molière et le DonGiovanni de Mozart et de son librettiste DaPonte. Parmi les autres pièces de Tirso, il faut retenir Marthe la dévote (1614), les Jardins de Tolède (1621), les Amants de Teruel (1635), et le Damné par manque de foi (1635). L’œuvre de Tirso est réputée pour sa vivacité d’esprit, son absence de dogmatisme, la fluidité de son langage et la finesse de ses portraits psychologiques.

Ruiz de Alarcón y Mendoza, Juan (v.1581-1639), dramaturge espagnol du Siècle d’or qui fut l’auteur de comédies édifiantes.
Juan Ruiz de Alarcón y Mendoza naquit au Mexique dans une famille noble, étudia le droit à Mexico puis à Salamanque en Espagne. Il fit plusieurs voyages entre l’Ancien et le Nouveau monde, exerça le métier d’avocat avant de devenir un membre de l’organe directeur des colonies espagnoles. Il fut l’auteur d’une vingtaine de pièces, mais rencontra dans sa carrière des contrariétés qui l’aigrirent. Sa principale contribution à la littérature espagnole consiste en comédies, qui étaient en fait des pièces pour l’édification morale du peuple. Dans ses célèbres pièces les Murs ont des oreilles et la Vérité suspecte, il montre par exemple comment le mensonge et la calomnie conduisent les pécheurs au désastre. La deuxième de ces pièces inspira à Corneille sa comédie le Menteur (1643).

Calderón de la Barca, Pedro (1600-1681), dramaturge et poète espagnol, auteur de La vie est un songe, qui fut la dernière grande figure du Siècle d’or de la littérature espagnole.
Né à Madrid, issu d’une famille noble, Pedro Calderón de la Barca fait ses études au collège jésuite de sa ville natale, puis à l’université de Salamanque. C’est à l’âge de vingt-trois ans qu’il décide d’écrire pour le théâtre. Il se taille rapidement une solide réputation, remportant notamment un concours de poésie en l’honneur de saint Isidore, le patron de Madrid. Après la mort de Lope de Vega en 1635, il s’affirme comme le dramaturge le plus en vue de son époque.
Cette même année, le roi PhilippeIV lui commande une série de pièces pour le théâtre royal et le fait chevalier de l’ordre de Santiago. Après avoir participé à diverses campagnes militaires, il choisit finalement d’être ordonné prêtre (1651) et s’installe comme prébendier à la cathédrale de Tolède (1653). En 1663, il est nommé chapelain du roi. Porte-parole de la Contre-Réforme, il se consacre alors exclusivement à l’écriture d’autos sacramentales («!drames sur l’Eucharistie!»), courtes pièces allégoriques en un acte qui mettent en exergue les valeurs morales et représentent de façon originale le mystère de la sainte Eucharistie.
Calderón est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands dramaturges espagnols, autant pour son œuvre sacrée que pour ses pièces profanes (ses comedias). Il a su donner une grande valeur artistique aux autos sacramentales traditionnels, genre dramatique religieux dont il a été le spécialiste éminent. Dans cette série de pièces, au nombre de quatre-vingts environ, Calderón met en scène les concepts abstraits de la théologie catholique, incarnés dans des personnages allégoriques. Certaines des pièces de cette série, comme le Grand Théâtre du monde (1645), sont encore jouées régulièrement en Espagne.
Les œuvres profanes de Calderón exaltent des thèmes comme le code de l’honneur castillan, qui oblige le mari, le père ou le frère à punir une femme adultère. Ce thème a donné naissance à l’adjectif «!caldéronien!», qui désigne les pièces où l’honneur du héros est confronté à l’infidélité (ou à une suspicion d’infidélité) de sa femme. Parmi les quelque cent quarante comedias écrites par Calderón pour la scène profane, on trouve des drames tirés de légendes ou d’épisodes historiques, comme l’Alcalde de Zalamea (1636) ou des drames de la jalousie et de l’honneur viril, comme le Médecin de son honneur (1637), mais aussi des pièces religieuses, comme la Dévotion à la Croix (1633), et philosophiques comme le Magicien prodigieux (1637) et La vie est un songe. Calderón a écrit par la suite des œuvres d’inspiration mythologique et raffinée, telles que la Statue de Prométhée (1670)
La vie est un songe (publié vers 1633), œuvre métaphysique remarquable par les principes moraux qu’elle défend et par son symbolisme philosophique, pose le problème de la destinée et du libre arbitre à travers le personnage de Sigismondo, fils de roi dont il est écrit qu’il usurpera le trône de son père. Devenu sage, Sigismondo tire la morale de la pièce: tout ce qu’il a traversé d’épreuves et de sentiments lui paraît aussi peu réel que les songes.

Rojas Zorrilla, Francisco de (1607-1648), dramaturge espagnol.
Né à Tolède, il commence sa carrière d’auteur dramatique par des collaborations avec son maître, Calderón de la Barca. Introduit dans l’entourage de PhilippeIV au début des années 1630, il passera toute sa vie à la cour, où ses pièces feront partie des distractions les plus goûtées. La caractéristique de ses comedias -dont s’inspireront ou que plagieront de nombreux auteurs français du XVIIesiècle comme Thomas Corneille, Jean de Rotrou, Alain René Lesage, Paul Scarron- tient au choix de personnages ridicules, à l’utilisation d’un style châtié et enfin, à la création d’une comédie de caractère ou de mœurs. Elle tient aussi à la thématique de l’honneur mis à l’épreuve, omniprésent dans le théâtre espagnol du Siècle d’or. Parmi ces comedias, sorte de tragi-comédies (l’inventeur et le maître du genre est Lope de Vega), on retiendra: Ce que sont les femmes (Lo que son las mujeres), Hormis le roi, personne (Del rey abajo ninguno), Point de jalousie quand il y a offense (Donde hay agravios no hay celos), et Entre fous va le jeu (Entre bobos anda el juego, 1637), qui marque, plus que les précédentes, l’apparition de la comédie bouffonne.
Très populaire en son temps en raison de l’habileté de sa trame et de ses personnages typés, l’œuvre de Rojas Zorrilla est un moment tombée dans l’oubli, avant qu’elle n’éveille à nouveau l’intérêt de la critique.

Moratín, Nicolás Fernández de (1737-1780), écrivain espagnol, dont le théâtre illustre les idéaux néoclassiques inspirés du classicisme français.
Né à Madrid, il fait ses études au collège jésuite de Calatayud et à l’université de Valladolid, puis devient professeur d’esthétique et de littérature au Collège impérial de Madrid. Partisan actif de la philosophie des Lumières, il fonde le cercle littéraire de la fondation de Saint-Sébastien. Auteur de poèmes didactiques -la Diana o el arte de la caza, las Naves de Cortés destruidas (1765), Arte de las putas (diffusé sous forme de manuscrit jusqu’à son édition posthume en 1898), Carta histórica sobre el origen y progresos de las fiestas de toros en España (1777)-, il a consacré une large part de son activité créatrice à l’écriture de drames néoclassiques, comédies (la Petimetra, 1762) ou tragédies (Lucrecia, 1763!; Hormesinda, 1770!; Guzmán el Bueno, 1777). Ceux-ci, comme le classicisme en général, n’ont toutefois rencontré qu’un public artistocrate et bourgeois.
Son fils Leandro Fernández Moratín (1760-1828), lui-même auteur dramatique, a écrit pour sa part des comédies à succès inspirées de Molière -le Vieillard et la jeune fille (el Viejo y la niña), 1790!; le Oui des jeunes filles (el Sí de las niñas), 1806.

Cruz, Ramón de la (1731-1794), auteur dramatique espagnol, célèbre pour ses saynètes qui dépeignent la vie du petit peuple madrilène.
Né à Madrid, lié par son origine familiale et par son mode de vie au monde de l’aristocratie, il puise pourtant son inspiration théâtrale dans les milieux populaires. Bien qu’il se soit essayé à la plupart des genres dramatiques, c’est avec la saynète, petite pièce réaliste pratiquement dépourvue d’argument et destinée à être produite durant les entractes, qu’il se rend célèbre. Ramón de la Cruz mènera d’ailleurs ce genre, inspiré des pasos (intermèdes) de Lope de Rueda (1500-1565), à sa perfection. Parmi ses œuvres les plus appréciées par la critique, signalons el Prado por la noche (1763), el Rastro por la mañana (1770) et surtout Manolo, tragedia para reír o sainete para llorar (1769).

Luis de León (1527-1591), poète et mystique espagnol qui contribua grandement à la littérature de son pays à la Renaissance. Né à Belmonte, il fut tout d’abord moine puis grand vicaire et enfin archevêque de l’ordre de saint Augustin. Il enseigna également la théologie et la philosophie à l’université de Salamanque où il fut bientôt renommé pour sa connaissance exceptionnelle de la culture et de la langue hébraïques, mais aussi du latin, du grec et de l’italien, ce qui lui permit de traduire certains livres de l’Ancien Testament, des textes de l’Antiquité gréco-romaine ainsi que des ouvrages d’écrivains italiens de son époque. De ses poèmes lyriques, vingt-quatre seulement nous sont parvenus, témoins de l’humanisme de leur auteur ainsi que de sa grande érudition. Les Noms du Christ (1583) est un chef-d’œuvre de la prose lyrique du Siècle d’or espagnol, ainsi que la Parfaite Épouse (1583), un traité de morale. Sous l’Inquisition, Luis de León fut emprisonné quatre années parce qu’il se référait plus souvent au texte hébreu de la Bible qu’à la Vulgate.

Meléndez Valdés, Juan (1754-1817), poète et homme politique espagnol qui, dans son œuvre néoclassique, chanta avec raffinement les plaisirs de l’amour, de l’amitié et de la paix.
Juan Antonio Meléndez Valdés naquit dans la province de Badajoz et fit ses études de droit à Salamanque, où il reçut également sa formation littéraire. À partir de 1789, il embrassa la carrière de juge, et dès lors tenta de concilier ses aspirations littéraires avec ses visées politiques et juridiques. Il ne tarda pas à devenir le poète néoclassique le plus éminent d’Espagne. Favorable à Napoléon, il devint directeur de l’Instruction publique sous la domination française, mais après la défaite des Français, il fut contraint de s’exiler en France. Même si ses Poésies élégantes empruntent au classicisme ses conventions et sa rigueur formelle, Meléndez Valdés est considéré comme l’un des précurseurs du romantisme par son attachement à la nature, et par les descriptions qu’il en fit.

Quintana, Manuel José (1772-1857), poète, patriote et pédagogue espagnol, auteur de textes de facture classique chantant son pays.
Né à Madrid, Quintana y exerça la profession d’avocat jusqu’à l’éclatement des guerres napoléoniennes. Pendant le conflit, il produisit un grand nombre de pamphlets patriotiques, ce qui lui valut d’être emprisonné de 1814 à 1820. Après ces événements, il entra dans une phase d’activité politique intense, d’abord comme précepteur auprès de la famille royale, puis comme directeur d’un établissement d’enseignement privé et enfin comme sénateur. La poésie néoclassique de Quintana est extrêmement traditionnelle. Il eut recours à l’ode pour exalter les vertus du patriotisme et du libéralisme. Bien qu’il ait vécu pendant la période romantique, sa poésie reste très peu influencée par ce mouvement. Hormis ses œuvres poétiques, comme Poésies (1788), À la bataille de Trafalgar (1805), Quintana produisit des esquisses biographiques (Vies des Espagnols illustres, 1807-1834), des tragédies (Pélage, 1805) et deux tomes volumineux de critiques littéraires.

Rivas, duc de (1791-1865), poète, dramaturge et homme politique espagnol.
Issu d’une famille aristocratique de Cordoue, Ángel Saavedra, duc de Rivas, effectue ses études au séminaire de Nobles à Madrid avant d’entreprendre une carrière militaire. Malgré sa jeunesse, il s’illustre par ses faits d’armes lors de la guerre contre les armées de Napoléon (1808-1814). L’amitié qui le lie au poète Manuel José Quintana l’oriente vers les beaux-arts et le pousse à s’engager politiquement dans le clan libéral. Condamné à mort par FerdinandVII, restaurateur de l’absolutisme, il parvient à s’enfuir. Réfugié à Londres, il découvre l’œuvre de Shakespeare, celles de Walter Scott et lord Byron. Il se rend ensuite en France, en Italie et à Malte. En 1834, après la mort de FerdinandVII, il rentre en Espagne et s’engage à plein dans la vie publique de son pays, dans le camp modéré: il est successivement ministre, ambassadeur d’Espagne en France, président du conseil d’État et directeur de l’Académie royale espagnole.
C’est avec un recueil de poésies de facture néoclassique (Poesías, 1814), où perce l’influence de Quintana, que le duc de Rivas entre en littérature. Mais son séjour en Angleterre en fait bientôt un romantique ardent, d’abord passionné et original, puis au fil du temps, de plus en plus conventionnel et emphatique. Dans sa longue ode Al faro de Malta (1828), il utilise la métaphore un peu usée du phare pour symboliser le guide qui conduit le promeneur sur la voie du libéralisme et du romantisme, et lui évite de s’égarer dans les ornières de l’obscurantisme. L’intérêt du Bâtard maure, publié quelques années plus tard, en 1834, réside principalement dans le fait qu’il marque l’avènement du courant romantique en Espagne.
Mais le duc de Rivas est avant tout un dramaturge. Sa pièce la Force du destin (Don Alvaro o la fuerza del sino, 1835) demeure l’œuvre romantique par excellence du théâtre espagnol. Pièce écrite en prose et en vers, tragi-comique à la manière de Lope de Vega, son intrigue se déroule dans un cadre exotique et regorge de morts, de passions et de fureurs, selon les canons esthétiques de l’époque. Le succès retentissant remporté par ce drame aujourd’hui suranné encouragera Rivas à continuer dans cette veine (Romances historiques, 1841) et fournira à Verdi le thème du livret de son opéra la Force du destin (1862).

Rivas, duc de (1791-1865), poète, dramaturge et homme politique espagnol.
Issu d’une famille aristocratique de Cordoue, Ángel Saavedra, duc de Rivas, effectue ses études au séminaire de Nobles à Madrid avant d’entreprendre une carrière militaire. Malgré sa jeunesse, il s’illustre par ses faits d’armes lors de la guerre contre les armées de Napoléon (1808-1814). L’amitié qui le lie au poète Manuel José Quintana l’oriente vers les beaux-arts et le pousse à s’engager politiquement dans le clan libéral. Condamné à mort par FerdinandVII, restaurateur de l’absolutisme, il parvient à s’enfuir. Réfugié à Londres, il découvre l’œuvre de Shakespeare, celles de Walter Scott et lord Byron. Il se rend ensuite en France, en Italie et à Malte. En 1834, après la mort de FerdinandVII, il rentre en Espagne et s’engage à plein dans la vie publique de son pays, dans le camp modéré: il est successivement ministre, ambassadeur d’Espagne en France, président du conseil d’État et directeur de l’Académie royale espagnole.
C’est avec un recueil de poésies de facture néoclassique (Poesías, 1814), où perce l’influence de Quintana, que le duc de Rivas entre en littérature. Mais son séjour en Angleterre en fait bientôt un romantique ardent, d’abord passionné et original, puis au fil du temps, de plus en plus conventionnel et emphatique. Dans sa longue ode Al faro de Malta (1828), il utilise la métaphore un peu usée du phare pour symboliser le guide qui conduit le promeneur sur la voie du libéralisme et du romantisme, et lui évite de s’égarer dans les ornières de l’obscurantisme. L’intérêt du Bâtard maure, publié quelques années plus tard, en 1834, réside principalement dans le fait qu’il marque l’avènement du courant romantique en Espagne.
Mais le duc de Rivas est avant tout un dramaturge. Sa pièce la Force du destin (Don Alvaro o la fuerza del sino, 1835) demeure l’œuvre romantique par excellence du théâtre espagnol. Pièce écrite en prose et en vers, tragi-comique à la manière de Lope de Vega, son intrigue se déroule dans un cadre exotique et regorge de morts, de passions et de fureurs, selon les canons esthétiques de l’époque. Le succès retentissant remporté par ce drame aujourd’hui suranné encouragera Rivas à continuer dans cette veine (Romances historiques, 1841) et fournira à Verdi le thème du livret de son opéra la Force du destin (1862).

Espronceda, José de (1808-1842), poète et révolutionnaire espagnol qui incarna, dans sa vie politique et sentimentale tumultueuse autant que dans ses œuvres, l’archétype du romantisme.
José de Espronceda y Delgado naquit à Almendralejo, dans la province de Badajoz, et grandit à Madrid. Précoce, il se signala dès l’âge de quatorze ans par ses dons poétiques (en 1822, il composa une ode pour la victoire des Madrilènes face à FerdinandVII). À quinze ans, l’adolescent épris de liberté fut «!emprisonné!» dans un monastère pour avoir affirmé ses idées démocratiques. Après sa libération, il choisit l’exil vers Londres et Paris, et ne revint que sept ans plus tard, mais c’était pour être de nouveau privé de liberté: il fut soumis à un exil forcé à Cuéllar où il écrivit son roman historique DonSancho Saldaña (1834), consacré à l’Espagne sous le règne d’AlphonseX. Il avait poursuivi pendant plusieurs années, à l’étranger comme dans son propre pays, son activité militante, prenant part à différents soulèvements, notamment la révolution de juillet en France (1830).
L’œuvre de José de Espronceda lui valut d’être considéré comme le chef de file du romantisme dans la littérature espagnole. Parmi ses ouvrages poétiques, citons en premier lieu l’Étudiant de Salamanque, poème narratif sur le thème de DonJuan, Poésies lyriques (1840), où l’on retrouve l’influence de Walter Scott et de Byron, et enfin la fleur de sa production, le Diable-Monde, poème inachevé composé de réflexions idéologiques. Toutes ces œuvres furent publiées en 1840.

Bécquer, Gustavo Adolfo (1836-1870), poète espagnol, l’un des plus grands poètes lyriques de l’Espagne du XIXesiècle. Né à Séville, Gustavo Adolfo Bécquer reçut une éducation artistique, puis s’installa à Madrid comme journaliste et traducteur indépendant en 1854. Malade dès 1858, il écrivit, sous l’emprise d’un amour passionné, son plus célèbre ouvrage, Rimas (1871), un recueil de petits poèmes lyriques. Marqués par une foi panthéiste profonde, ces vers évoquent des thèmes tels que la lutte pour tendre à la perfection, le désespoir et les joies procurées par l’amour. Bécquer est également l’auteur d’écrits en prose dont le plus connu s’intitule Légendes d’Espagne (1871). Les contes fantastiques qu’il réunit sont empreints d’un caractère insaisissable et mystérieux servi par une prose poétique d’une rare délicatesse. Bécquer mourut à Madrid, peu avant la parution de ses œuvres complètes. Son influence sur la poésie espagnole, notamment sur Rubén Darío, Juan Ramón Jiménez et Antonio Machado, a été déterminante.

Larra, Mariano José de (1809-1837), écrivain et journaliste espagnol, célèbre pour ses pamphlets profondément pessimistes et ironiques.
Mariano José de Larra est né en Espagne pendant l’invasion française et passa son enfance à Bordeaux où son père, chirurgien militaire dans l’armée napoléonienne, avait été contraint de s’établir après la défaite de 1812. Après l’amnistie de 1818, sa famille repartit pour Madrid où son père devint le médecin personnel du frère de FerdinandVII. Il poursuivit ses études à Valence et à Valladolid.
Lancé très jeune dans le journalisme, il fonda deux journaux, El duende satirico del día (1828) et El pobrecito hablador (1832-1833), puis, adoptant le nom de plume de Figaro, rejoignit le quotidien national La revista española et devint un critique littéraire redouté. Parallèlement à ses activités journalistiques, il écrivit le roman historique le Damoiseau de don Enrique le Dolent (El doncel de DonEnrique el doliente, 1834) et un drame romantique, Macias (1834).
L’ouvrage le plus célèbre de Mariano José de Larra demeure cependant Articles de mœurs (Articulos de costumbres), recueil d’articles publiés à partir de 1832. Genre en honneur à l’époque, les «!portraits!» baignaient généralement dans une atmosphère empreinte de nostalgie. Mariano José de Larra, au contraire, utilisa cette forme pour composer une série d’écrits ironiques et grinçants décrivant avec sévérité la suffisance, l’hypocrisie, la futilité et la corruption de la société espagnole.
Malheureux en amour -il s’éprit d’une femme qui, il le découvrit plus tard, était la maîtresse de son père-, il se suicida à l’âge de vingt-huit ans, à la suite d’une sombre affaire d’adultère.

Pérez Galdós, Benito (1843-1920), romancier et dramaturge espagnol.
Né à LasPalmas, dans les îles Canaries, Pérez Galdós reçoit une éducation très stricte et soignée. Bachelier, il part faire ses études à Madrid, mais, se désintéressant du droit, quitte bientôt l’université pour ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Après une série de premières œuvres -l’Ombre (la Sombra), la Fontaine d’or (la Fontana de oro)-, il se lance dans la rédaction d’une vaste fresque constituée, une fois achevée, de cinq séries de romans historiques, soit 46volumes: ce sont les Épisodes nationaux (Episodios nacionales, 1873-1879 et 1897-1912). Parfaitement documentés, ces romans retracent l’histoire espagnole contemporaine d’une manière colorée, pittoresque, sur fond d’épopée, mais avec un regard d’une grande pénétration qui jamais ne sacrifie les personnages -fictifs ou réels- à l’Histoire, le particulier à l’universel. Cet ensemble romanesque illustre avec éclat la conception galdosienne de l’Histoire comme fondement de l’art du roman. Il n’est pas sans rappeler Honoré de Balzac et Charles Dickens, auxquels on l’a souvent comparé. Ses romans réalistes ou de mœurs sur la société madrilène du XIXesiècle sont de la même veine: Gloria (1877), Marianela (1878),etc. Tout à la fois sensible et critique à l’égard des problèmes sociaux, politiques et religieux de son époque, Pérez Galdós dénonce en particulier dans Doña Perfecta (1876) l’intolérance et l’hypocrisie religieuses.
Au tournant des années 1880, sous l’influence de Zola, il donne un tour plus naturaliste à sa production romanesque!; mais il s’agit dans son cas d’un naturalisme tempéré par l’humour, et dont le caractère déterministe -présent chez Zola- est pondéré par la prise en compte des manifestations psychologiques et de l’inconscient: la Déshéritée (la Desheredada, 1881), l’Ami Manso (el Amigo Manso, 1882), l’Interdit (lo Prohibito, 1884), Fortunata et Jacinta (Fortunata y Jacintà, 1886-1887), son chef-d’œuvre. Ses romans de la décennie suivante -Angel Guerra (1890-1891), Tristana et Nazarín (1893 et 1895, qui seront le siècle suivant adaptés au cinéma par Buñuel), Miséricorde (Misericordia, 1897)-, s’ils semblent prendre un tour spiritualiste, restent cependant fidèles au naturalisme d’origine et n’en continuent pas moins à dénoncer l’inanité de la religion comme remède aux maux de la société et des individus.
Pérez Galdós a également obtenu un certain succès sur scène avec des pièces ou des adaptations dialoguées de romans: Réalité (Realidad, 1892), la Folle du logis (la Loca de la casa, 1893), Électre (Electra, 1900), Mariucha (1903), etc.

Alarcón y Ariza, Pedro Antonio de (1833-1891), écrivain espagnol. Issu d’une famille noble mais ruinée, il interrompit des études de théologie, préférant publier dans le journal de sa ville natale, Cadix, puis dans l’organe antimonarchique et satirique de Madrid, El Látigo, ses opinions anticléricales qui lui valurent de nombreux ennemis. Engagé volontaire dans la guerre du Maroc (Journal d’un témoin de la guerre d’Afrique, 1860), il se consacra, à son retour en Espagne, à la littérature, en marge de sa charge de député. Ses romans, l’Enfant à la boule (1880), le Scandale (1875), témoignent de ses préoccupations moralisatrices, et, sur le plan littéraire, d’une transition entre l’écriture romantique et le réalisme. Aujourd’hui, Alarcón est surtout connu pour son récit picaresque le Tricorne (1874), dont Manuel de Falla a tiré son célèbre ballet.

Pardo Bazán, Emilia (1852-1921), romancière espagnole qui s’inspira de l’œuvre des naturalistes français pour traiter de thèmes profondément enracinés dans l’histoire et la vie quotidienne de son pays.
Emilia Pardo Bazán, comtesse de Quiroga, naquit à LaCorogne en Galice. C’est après son mariage et son installation à Madrid qu’elle s’intéressa à la littérature. Devenue professeur de littérature romanesque à l’université de Madrid, elle s’illustra par divers articles critiques, voyagea dans toute l’Europe -notamment en France- et créa en 1891 une revue de critique théâtrale. Son œuvre, qui présentait des descriptions vivantes du paysage et des habitants de la Galice, fut l’une des plus marquantes du naturalisme en Espagne. Parmi ses nombreux récits, les plus importants furent Pascual López (1879) et le Château d’Ulloa (1886). Elle écrivit également des poèmes, des récits de voyage et des biographies de personnages historiques.

Clarín (1852-1901), écrivain espagnol, dont la célébrité est due à un livre exceptionnel considéré comme le meilleur roman espagnol du XIXesiècle.
Né à Zamora, Clarín, de son vrai nom Leopoldo Alas, passe son enfance dans les villes de León et de Guadalajara, son père y occupant le poste de préfet. Après l’obtention de son baccalauréat à Oviedo, il part étudier le droit à Madrid, où il entre en contact avec la vie littéraire et artistique. Il s’intéresse au système philosophique de Krause, qu’il découvre grâce à Francisco Giner de los Ríos, et commence à écrire pour diverses revues. Après son doctorat, il obtient, en 1883, la chaire de droit canon à Oviedo!; il retourne s’y installer et y vivra jusqu’à sa mort.
Clarín est un intellectuel soucieux de combiner l’idéalisme avec la philosophie positiviste et la recherche du sens métaphysique ou religieux de la vie. C’est un grand analyste, un perfectionniste obsédé par le souci du détail, qui envisage la littérature comme un travail constant et minutieux, au sein duquel l’éthique demeure une préoccupation centrale. Sa méthode est la prospection positiviste chère au réalisme et au naturalisme. Son mordant et ses critiques littéraires impitoyables choquent ses contemporains. Porté par sa vocation d’enseignant, il ambitionne, en effet, d’élever le niveau culturel de son pays et se montre, de ce fait, intransigeant vis-à-vis du mauvais goût et de la vulgarité. Parmi ses principales œuvres critiques figurent les Solos de Clarín (1881) et Galdós (1912), un ouvrage considéré, aujourd’hui encore, comme un livre de référence sur l’œuvre de Pérez Galdós, l’autre grand romancier du XIXesiècle. Il a également écrit des contes et deux grands romans, la Régente et Son fils unique (1890).
La Régente (1884-1885) constitue l’œuvre majeure de Clarín et son thème central!; l’adultère y est traité d’une manière jusque-là inédite dans la littérature espagnole. Le réalisme européen avait déjà abordé ce sujet dans Madame Bovary de Gustave Flaubert, Anna Karénine de Léon Tolstoï, le Cousin Basile d’Eça de Queirós, ainsi que dans le Château d’Ulloa d’Émilia Pardo Bazán. Dans la Régente, la jeune et belle Ana Ozores, une provinciale naïve, épouse Víctor Quintanar, un homme bon mais ennuyeux, et beaucoup plus âgé qu’elle, ex-président du tribunal de Vetusta (ville imaginaire dans laquelle on reconnaît Oviedo). Se sentant de plus en plus frustrée et abattue, Ana devient la proie du don Juan provincial don Álvaro et de son propre confesseur don Fermín de Pas, un homme d’origine humble, à la fois arrogant et ambitieux. Si Ana succombe finalement au charme d’Álvaro, la vraie préoccupation de l’auteur, c’est Vetusta, la ville qui sert de cadre à l’histoire et aux événements qui s’y trament. La rivalité entre Fermín et Álvaro pour la possession physique d’Ana doit être comprise comme une allégorie de la lutte que s’y livrent les deux pouvoirs de la ville: l’église la plus rétrograde et le caciquisme teinté de libéralisme des pouvoirs civils. Le livre se termine par la dégradation la plus absolue des personnages: le régent meurt lors d’un terrible duel avec Álvaro qui s’enfuit lâchement, révélant ainsi sa bassesse!; l’ambition de Fermín se traduit, quant à elle, par une absence totale de scrupules et de moralité, tandis qu’Ana, l’intouchable régente, a droit à un «!baiser visqueux!» de l’être le plus méprisable de la ville. Tout au long du roman apparaît en filigrane le sens critique et moral de Clarín. Cependant, les censures dont il a été l’objet ont été si nombreuses qu’elles l’ont sans doute dissuadé d’aller plus loin dans ses œuvres ultérieures.

Blasco Ibáñez, Vicente (1867-1928), romancier espagnol, auteur du roman Arènes sanglantes. Il défendit activement la cause républicaine et fonda un journal antimonarchiste, ElPueblo, engagement qui lui valut d’être emprisonné à plusieurs reprises. Il fut ensuite élu député républicain en 1898, fonction qu’il occupa jusqu’en 1909.
Né près de Valence, il puisa d’abord son inspiration dans le terroir valencien (Terres maudites, 1898!; Boue et roseaux, 1902), s’attachant à dénoncer dans ces romans d’un réalisme haut en couleur l’injustice sociale qui régnait dans sa région natale. Sa protestation s’élargit bientôt à toute l’Espagne: Dans l’ombre de la cathédrale (1903), Arènes sanglantes (1908). En 1916, il publia les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse, inspiré par la Première Guerre mondiale, dans lequel il évoque des thèmes culturels et philosophiques généraux. Blasco Ibáñez laisse une œuvre inégale sans doute, mais qu’il a voulu marquée du sceau de la conviction.

Unamuno, Miguel de (1864-1936), philosophe et écrivain espagnol, auteur du Sentiment tragique de la vie. L’un des plus grands écrivains de l’Espagne contemporaine, Unamuno fut un homme de passions et de contradictions, à l’image de l’Espagne de son temps.
Né à Bilbao et formé à l’université de Madrid, Miguel de Unamuno y Jugo fut professeur de grec à l’université de Salamanque de 1891 à 1901. Il devint recteur en 1900. Il adhéra au parti socialiste en 1894. Contraint de démissionner de son poste administratif en 1914, en raison de ses attaques contre le gouvernement du roi AlphonseXIII, il continua cependant à enseigner le grec. En 1924, sa campagne contre le régime de Miguel Primo de Rivera y Orbaneja lui valut d’être déporté aux Canaries. Il s’installa ensuite en France, où il vécut en exil volontaire jusqu’à la fin du régime de Primo de Rivera, en 1930. Unamuno retrouva alors son poste de recteur à Salamanque. S’il prit dans un premier temps la défense de l’armée rebelle espagnole et de son général Francisco Franco, il les dénonça peu avant sa mort.
Unamuno fut à la fois poète, romancier, dramaturge et critique littéraire. Sa pensée, marquée par l’œuvre de Schopenhauer et de Kierkegaard, n’est pas systématique, et trouve une expression non conceptuelle dans la littérature et les écrits religieux. Son œuvre est tout entière marquée par le refus de tout système et l’affirmation de la «!foi dans la foi elle-même!». Il développa des thèmes existentiels en proposant, notamment dans son Journal intime, des réflexions inquiètes sur la mort, l’angoisse, le doute et la foi.
Parmi ses livres, on trouve des textes littéraires, Niebla (Brouillard, 1914), Trois Nouvelles exemplaires (1920), aussi bien que des ouvrages de philosophie, le Sentiment tragique de la vie (1912) et l’Agonie du christianisme (1925).

Valle Inclán, Ramón María del (1866-1936), romancier et auteur dramatique espagnol qui fut l’un des premiers modernistes et dont les meilleures œuvres sont une satire amère de la société espagnole de son temps.
Ramón María del Valle Inclán naquit près de Ponteverde, en Galice. Il étudia le droit à Santiago mais abondonna ses études en 1892 pour aller visiter le Mexique, où il travailla comme journaliste.
Sa première grande œuvre, Sonates (1902-1905), recueil de quatre nouvelles partiellement autobiographiques, dont chacune porte le nom d’une saison, raconte les aventures d’un don Juan galicien. Il composa ensuite, en un style fleuri, Fleur de sainteté (1904) qui évoque des paysans et des pèlerins de Galice, puis écrivit une trilogie sur les guerres carlistes. Ses pièces en vers Cuenta de Abril (1910) et Cris de geste (1912), plus réussies, témoignent d’une aspiration à une meilleure maîtrise du style.
Dans les années vingt, il donna des pièces d’un genre nouveau, qu’il appelait esperpento («!épouvantail!»), par lequel il voulait exprimer ce qu’il considérait comme l’absurdité et la cruauté de la vie en Espagne (Lumières de Bohême, 1920!; Los cuernos de DonFriolera, 1921). Ses derniers romans, Tirano Banderas (1926), la Cour des miracles (1927), El ruedo ibérico (1927) et Vive mon maître (1928), le montrent au paroxysme du sarcasme et de l’ironie, ridiculisant une société qui, selon lui, dénaturait grossièrement les valeurs européennes.
À la fin des années vingt, il retourna au Mexique, où il rencontra un public enthousiaste. De retour en Espagne, il se lança dans la politique et s’opposa à Primo de Rivera, ce qui lui valut d’être arrêté. Après la chute de la dictature, il obtint le poste de directeur de l’Académie espagnole des beaux-arts à Rome et travailla également comme conservateur du National Arts et du musée Aranuez.

Machado y Ruíz, Antonio (1875-1939), poète espagnol, membre de la génération de 1898 (voir Espagnole, littérature). Il est l’auteur d’une poésie dramatique et austère, à l’image des paysages de Castille. Il écrivit également, en collaboration avec son frère Manuel Machado, des pièces de théâtre et traduisit l’Aiglon, d’Edmond Rostand, ainsi qu’Hernani de Victor Hugo.
Né à Séville, fils et frère de poètes, il vécut en Andalousie, à Madrid, puis, dès 1899, à Paris. Lors d’un deuxième voyage à Paris en 1802, il rencontra le moderniste Rubén Darío qui l’influença. De retour à Madrid, en 1903, il publia un recueil intitulé Solitudes, qui, par l’évocation de souvenirs et de rêves, et l’identification du poète à des phénomènes de la nature tels que le lever ou le coucher du soleil, témoigne de l’influence du romantisme. Mais il abandonna cette introspection dans les Champs de Castille (1912) et dans ses œuvres plus tardives telles que Nouvelles Chansons (1924) qui révèlent même des opinions existentialistes. L’année 1917 vit la publication de ses Poésies complètes.
Professeur dans plusieurs lycées de 1907 à 1938, ses prises de position dans plusieurs journaux pour la cause républicaine pendant la guerre civile d’Espagne l’obligèrent à s’exiler en France, où il mourut.

Azorín, pseudonyme de José Martínez Ruiz (1873-1967), écrivain espagnol, né à Monóvar, dans la province d’Alicante. Pensionnaire dès l’âge de huit ans dans un collège religieux, il en resta profondément marqué et participa activement à la vie politique pendant la première partie de sa carrière. Il fit partie de ces écrivains qui, au début du XXesiècle, eurent la volonté de faire revivre la littérature espagnole, et qu’Azorín désigna du nom de «!génération de 98!». Ses trois premiers romans, dont le protagoniste apparaît comme son alter ego, la Volonté (1902), Antonio Azorín (1903), les Confessions d’un petit philosophe (1904), reflètent la crise que traverse l’auteur, en rébellion contre une société qui l’étouffe. S’il a dépeint la décadence des petites villes, losPueblos, 1905, Espagne, 1909, Castille, 1912, il s’est efforcé de faire voir les valeurs immuables et authentiques de son peuple. Par la limpidité de son style, il tranche avec la rhétorique traditionnelle. Auteur d’essais critiques (les Valeurs littéraires, 1913!; En marge des classiques, 1915), il a abordé une nouvelle thématique -l’analyse des sentiments- dans un roman, Félix Vargas (1928) et au théâtre, sans toutefois réussir à convaincre.

Baroja, Pío (1872-1956), romancier espagnol originaire du Pays basque, auteur notamment des Bas-Fonds de Madrid qui, dans son œuvre picaresque, décrivit de façon vivante les milieux pauvres et marginaux de son pays.
Pío Baroja naquit à Saint-Sébastien d’un père basque et d’une mère italienne. Après une enfance itinérante, il s’installa à Madrid pour étudier la médecine. Une fois reçu docteur, il exerça d’abord son métier dans un petit village pauvre de sa région d’origine, puis à Saint-Sébastien!; à Madrid, devant son insuccès, il se résolut à accepter des travaux modestes, qui lui firent connaître le milieu populaire de la ville. Cependant, desservi par son franc-parler, son anticléricalisme, et surtout son style qui empruntait beaucoup au langage populaire, il était mal accepté dans les milieux littéraires de la ville.
Dans la plus pure tradition des romans picaresques espagnols, Baroja dépeint des personnages de marginaux et d’incompris. Ses romans regorgent d’anecdotes vivantes!; il se montre notamment virtuose du réalisme lorsqu’il s’agit de décrire les habitants ou l’atmosphère du Pays basque. En effet, il parle de son pays natal avec un ton sec, coloré, un peu froid et volontiers pessimiste, qui sied à son sujet. On dit parfois que ses écrits ont influencé Hemingway.
Le premier roman de Baroja,la Maison Aizgorri, fut publié en 1900. Il fait partie de la trilogie Terre basque (1900-1909), qui comprend également le Seigneur de Labraz (1903), l’un de ses romans les plus célèbres, et Zalacaïn l’aventurier (1910).
Mais sa trilogie la plus connue à l’étranger reste sans aucun doute les Bas-Fonds de Madrid ou la Lutte pour la vie (1904), une description émouvante et révoltée de la vie dans les quartiers pauvres de Madrid. Parmi ses autres trilogies, citons encore le Passé (1905-1907), les Cités (1910-1920), ou encore les Agonies de notre temps (1924-1927).
Quant aux vingt volumes des Mémoires d’un homme d’action (1918-1935), ils relatent une série d’histoires construites autour de l’un des ancêtres de l’auteur, Eugenio de Aviraneta, aventurier qui vivait au Pays basque à l’époque des guerres carlistes. Au total, Baroja a publié plus d’une centaine d’ouvrages.
Baroja écrivit également des essais et des textes critiques, comme Mes paradoxes et moi (1917), et des mémoires (Après le dernier détour du chemin, 1944-1949).

Darío, Rubén (1867-1916), poète nicaraguayen dont le style innovateur influença le développement de la poésie tant en Espagne qu’en Amérique latine. Né à SanPedro de Metapa, il composa ses premiers vers à l’âge de onze ans et admirait Victor Hugo. Au milieu des années 1880, de son vrai nom Félix Rubén García-Sarmiento, il entreprit des voyages à travers le monde qui le conduisirent au Chili, à NewYork, à Paris et en Argentine. C’est là qu’il publia un premier recueil de poésies, les Ronces (1887), puis Azul (1888), mêlé de prose et de poésie, qui devait devenir la bible du modernisme, courant littéraire issu des parnassiens et du symbolisme français: le modernisme est caractérisé par la recherche métaphorique, l’insertion de nombreux symboles, un vocabulaire noble ou exotique. En 1896, Darío acheva un autre ouvrage important, Proses profanes et autres poèmes, remarquable pour son symbolisme, son esprit d’évasion et ses images exotiques. Il retourna en Europe en 1898, mais cette fois en tant que journaliste pendant le conflit entre l’Espagne et les États-Unis!; il fut accueilli avec enthousiasme par les écrivains espagnols. Il poursuivit de nombreux voyages, dont témoignent notamment Pérégrinations (1901) et Terres solaires (1904). Chants de vie et d’espérance (1905) témoigne de la préoccupation du poète quant à l’avenir de la culture espagnole!; le Chant errant (1907) traite de thèmes plus universels. Enfin, Poème de l’automne et autres poèmes (1910) est souvent considéré comme son chef-d’œuvre. Nombreux sont ceux qui, comme Machado, considérèrent Darío comme l’une des principales figures de la poésie de langue espagnole.

Jiménez, Juan Ramón (1881-1957), poète espagnol et prix Nobel de littérature en 1956. Né à Moguer, dans la province de Huelva, il fit ses études à l’université de Séville. Jiménez fut profondément influencé par Rubén Darío, le chef de file du modernisme espagnol et par les premiers travaux des poètes symbolistes français. Contraint de s’exiler dès le début de la guerre civile espagnole, Jiménez enseigna la littérature aux États-Unis, à Cuba et à Porto Rico.
La poésie de Jiménez qui lui tint lieu de religion immanente avant de le rapprocher de la transcendance, se distingue par ses innovations techniques, la délicatesse exquise de ses sentiments et par de subtiles nuances de rythme et de ton qui lui confèrent une certaine qualité musicale. Ses vers, pleins de mélancolie, de réflexions informelles sur la solitude et la souffrance, relèvent d’un sens très platonicien de la beauté. Parmi ses œuvres, Âmes de violette (v.1900), Ballades de printemps (1910) et Nymphéas (1900) trahissent encore l’influence de Darío et des symbolistes. Sa poésie devait évoluer ensuite vers une sobriété plus grande, motivée par la recherche de la plus grande adéquation du mot à la chose qu’il désigne (Sonnets spirituels, 1942). En 1949, Dieu désiré et désirant témoigne d’un élan mystique. Les textes en prose de Jiménez occupent une place importante dans son œuvre. Citons le Journal d’un poète récemment marié (1916), qui est le récit de son séjour aux États-Unis. Mais le chef-d’œuvre de Jiménez est Platero et moi (1917): délicate union entre le fantastique et le réalisme, ces poèmes en prose parlent d’un homme et de son âne. Platero et moi reste l’une des œuvres favorites auprès des adultes et des enfants.

Ortega y Gasset, José (1883-1955), écrivain et philosophe espagnol, connu pour sa critique humaniste de la civilisation moderne. Né à Madrid, Ortega yGasset fit ses études à l’université de Madrid. Il séjourna trois ans en Allemagne, notamment à Marbourg et, en 1910, il fut nommé professeur de métaphysique à l’université de Madrid. En 1914, il créa la Ligue de l’éducation politique espagnole, puis il fonda, en 1923, la Revue de l’Occident. Ses articles, ses cours et ses essais sur des sujets philosophiques et politiques ont contribué à une renaissance intellectuelle espagnole dans les premières décennies du XXesiècle et à la chute de la monarchie espagnole en 1931. De 1931 à 1933, il fut député aux Cortes, qui promulguèrent la constitution républicaine. Après le déclenchement de la guerre civile en 1936, il vécut à l’étranger et lorsqu’il rentra en Espagne en 1948, il refusa toute collaboration avec Franco.
Les réflexions d’Ortega yGasset sur les problèmes de la civilisation moderne sont contenues dans la Révolte des masses (1930), œuvre qui lui valut un renom international. Sur le plan psychologique, il distingua les hommes capables d’ascèse et les «!jouisseurs!» qui peuvent déployer des efforts, mais seulement sous l’impulsion des premiers. Aujourd’hui, la masse refuse l’impulsion de l’élite intellectuelle et morale et encourage ainsi la montée du totalitarisme. Les principaux ouvrages d’Ortega yGasset sont le Thème de notre temps (1923), l’Espagne invertébrée (1922), la Déshumanisation de l’art (1925), l’Histoire comme système (1935) et Leçons de métaphysique (publié à titre posthume en 1970).

Pérez de Ayala, Ramón (1880-1962), écrivain espagnol.
Né à Oviedo (Asturies), au sein d’une famille aisée, il étudie le droit et devient un émule de Clarín. Après de nombreux voyages (Angleterre, Allemagne, Italie), il travaille comme correspondant pour le journal la Prensa de Buenos Aires, durant la Première Guerre mondiale. En 1928, il entre à l’Académie royale d’Espagne. Adversaire résolu du régime de Primo de Rivera, il se lie d’amitié avec José Ortega y Gasset et Gregorio Marañón y Posadillo par le biais du groupe «!Au service de la République!». Nommé ambassadeur à Londres de 1931 à 1936, il émigre à Buenos Aires lorsqu’éclate la guerre civile, et y demeurera jusqu’en 1954.
Journaliste et écrivain -à la fois poète, romancier, essayiste et critique littéraire-, Pérez de Ayala écrit ses premiers textes sous la bannière du modernisme, avant de donner à son œuvre, dans une seconde période, une orientation plus intellectualiste. Au premier courant appartiennent les recueils de poèmes que l’usage regroupe sous l’appellation «!les trois sentiers!»: la Paix du sentier (la Paz del sendero, 1903), le Sentier innombrable (el Sendero innumerable, 1916), le Sentier en marche (el Sendero andante, 1921). On peut y ajouter quatre romans réalistes et satiriques: Éclipse sur les sommets (Tinieblas en las cumbres, 1907), AMDG (1910), la Patte de la renarde (la Pata de la raposa, 1912) et Ballerines et Trottins (Troteras y danzaderas, 1913). En revanche, ses grands romans, parmi lesquels figurent Bellarmin et Apollon (Belarmino y Apolonio, 1921), Lune de miel, lune de fiel (Luna de miel, luna de hiel, 1923), les Travaux d’Urbain et Simone (los Trabajos de Urbano y Simona, 1923), le Guérisseur de son honneur (el Curandero de su honra, 1926), portent la trace d’une recherche stylistique à la fois plus exigeante et plus intellectuelle.
Toute l’œuvre de Pérez de Ayala ressemble en fait à une vaste champ d’expérimentation littéraire, où l’ironie et la bouffonnerie auraient pour finalité de dérouter le lecteur!; celui-ci, en définitive, n’étant plus capable de savoir si le narrateur traite un sujet sérieux de manière humoristique ou si, en définitive, rien n’est véritablement sérieux. Cette attitude, récurrente chez Pérez de Ayala, est la face émergente de son grand pessimisme et de son nihilisme, qui le rapprochent des écrivains de la «!génération de 1898!» (voir Espagnole, littérature). Il a laissé plusieurs essais remarquables: Hermann enchaîné (Hermann encadenadó, 1917), Politique et Tauromachie (Política y toros, 1918).

Gómez de la Serna, Ramón (1888-1963), écrivain espagnol, dont la personnalité extravagante et l’œuvre iconoclaste ont donné naissance à un style, le «!ramonisme!».
Né à Madrid, il étudie le droit comme son père, bien que, très jeune déjà, il se soit senti attiré par le journalisme. Manifestant très tôt un esprit iconoclaste vis-à-vis des arts et des courants culturels de son époque, il est un précurseur de nombreux mouvements d’avant-garde. Indissociable de sa personnalité, donc inclassable, son œuvre a ainsi donné naissance à un style connu sous le nom de «!ramonisme!» et synonyme d’indépendance, d’esthétisme et de provocation. Auteur prolifique -il a écrit plus de cent livres, qui relèvent de genres aussi divers que le roman, l’essai, le conte, le théâtre-, Gómez de la Serna est l’inventeur d’une forme nouvelle, les greguerías, sortes d’aphorismes qu’il définit lui-même comme des métaphores doublées d’humour. Passionnément amoureux de Madrid, il est fasciné par sa vie culturelle et sa bohème.
Il faut se garder néanmoins de le considérer uniquement comme un personnage fantasque et superficiel. Son excentricité, son anticonformisme radical, son entreprise de négation systématique de la réalité procèdent en effet d’un nihilisme non feint. Celui-ci s’exprime, sur le plan littéraire, par un renversement des techniques et des codes narratifs traditionnels et un iconoclasme verbal que pratiqueront les surréalistes. De son abondante production, on retiendra les titres suivants: le Rastro (el Rastro, 1915), la Veuve blanche et noire (la Viuda blanca y negra, 1917), le Docteur invraisemblable (el Doctor inverosímil, 1921), Grand Hôtel (1922), l’Incongru (el Incongruente, 1922), Cinéland (Cinelandia, 1923), le Romancier (el Novelista, 1924 et 1946).

Ors y Rovira, Eugenio d’ (1882-1954), écrivain et critique d’art espagnol d’expression catalane et castillane.
Né à Barcelone, il suit des études de droit et de philosophie tout en s’investissant dans le mouvement de renaissance catalane. À partir de 1906, plusieurs journaux catalans lui ouvrent leurs colonnes. C’est ainsi qu’il commence à publier, sous le pseudonyme de Xenius, el Glosari, sortes de brèves chroniques ou critiques quotidiennes consacrées indifféremment à l’actualité -politique, sociale, artistique-, ou à la réflexion dans ces mêmes domaines. S’appuyant sur des références très diverses (d’Homère à Maurras), Ors y Rovira s’y montre partisan d’un retour à l’«!esprit classique!» qui, dans le domaine de la création artistique comme dans celui du comportement humain, permettrait de privilégier les notions de valeur et de pérennité sur celles de spontanéité et d’instinct. Entre 1906 et 1920, cette colonne quotidienne va faire de son auteur un arbitre des goûts et des comportements et, en définitive, le principal inspirateur de la politique culturelle catalane.
Devenu directeur de l’Instruction publique, il entre en conflit, pour des raisons qui restent obscures, avec les institutions catalanes. Cet incident entraîne son départ pour Madrid, où il poursuit son activité de critique dans des périodiques madrilènes tels ABC, el Debate et Arriba: Nuevo glosario (1943) ou Novísimo glosario (1946). En 1926, il est élu membre de l’Académie royale espagnole. Franco lui offre la direction générale des Beaux-Arts espagnols -poste qu’il occupe entre 1937 et 1939. Enfin, en 1953, il devient professeur d’esthétique.
Ses premières œuvres sont des compilations d’articles extraits de ses célèbres colonnes quotidiennes: la Ben Plantada («!la bien plantée!», 1912) et la Vallée de Josaphat (la Val de Josafat, 1918) proposent un panorama critique des grandes figures de la culture. Il publie ensuite une longue série d’essais consacrés à l’art: Trois heures au musée du Prado (Tres horas en el museo del Prado, 1923), l’Art de Goya (Arte de Goya, 1928), Théorie des styles (Teoría de los estilos), Art de l’entre-deux-guerres (Arte de entreguerras), Trois leçons au musée du Prado (Tres lecciones en el museo del Prado). Sa contribution majeure à l’histoire de l’art reste cependant son Du baroque (lo Barroco, 1935), dans lequel il expose la thèse -abondamment illustrée- selon laquelle le baroque étant une constante historique, on pourrait en retrouver des manifestations à des époques différentes et sous les formes les plus diverses!; le baroque ne serait ainsi pas circonscrit à l’art, mais s’exprimerait dans l’espace de la civilisation tout entière, voire même dans la nature. Parmi ses autres œuvres importantes, essais ou contes philosophiques, on retiendra en priorité: Secret de la philosophie (el Secreto de la filosofía, 1947) et la Philosophie de l’intelligence (la Filosofía de la intelligencia, 1950).

Marañón, Gregorio (1887-1960), médecin et écrivain espagnol.
Né à Madrid, il fait de brillantes études de médecine, sous la direction notamment de Paul Ehrlich. Endocrinologue réputé, il fait partie du groupe de chercheurs qui établissent, durant la première moitié du siècle, la relation entre endocrinologie et psychologie. On lui doit notamment la description de la relation entre émotion et décharge d’adrénaline.
Conférencier disert, il se révèle aussi un auteur talentueux et original, doué d’un style clair et brillant. Devenu très populaire, tant comme homme de lettres que comme clinicien ou chercheur, il occupe de nombreux postes éminents: professeur agrégé d’endocrinologie, fondateur de l’Institut de médecine pathologique, président de l’Institut d’endocrinologie expérimentale et membre des Académies royales de langue, d’histoire, de sciences, de médecine et des beaux-arts de SanFernando.
Sa production littéraire (considérable) peut être divisée en deux groupes: textes scientifiques d’une part, ouvrages historiques, biographies et essais d’autre part. Des premiers, si l’on écarte les ouvrages de médecine à proprement parler, on retiendra: Trois essais sur la vie sexuelle (Tres ensayos sobre la vida sexual, 1926), Amours, convenance et eugénisme (Amor conveniencia y eugenesia, 1929) et l’Évolution de la sexualité et des états intersexuels (la Evolución de la sexualidad y los estados intersexuales, 1930). Parmi les ouvrages qui ne sont pas à proprement parler des ouvrages scientifiques et où en définitive le médecin, l’écrivain et l’historien ne font plus qu’un, il faut citer: Essai biologique sur HenriIV de Castille et son temps (Ensayo biológico sobre EnriqueIV de Castilla y su tiempo, 1930), Amiel, étude sur la timidité (Amiel, un estudio sobre la timidez, 1932), Idées biologiques du père Feijóo (las Ideas biológicas del Padre Feijóo, 1934), Tibère, histoire d’un ressentiment (Tiberio, historia de un resentimiento, 1939), Don Juan et le donjuanisme (Don Juan. Ensayo sobre el origen de su leyenda, 1940), Luis Vives, un Espagnol hors d’Espagne (Luis Vives, un español fuera de España, 1947). Mais, par-delà les diverses disciplines dont elle relève, l’œuvre de Marañón, à la fois érudite et polyvalente, est aussi -et peut-être surtout- l’œuvre d’un véritable humaniste.

García Lorca, Federico (1898-1936), poète et auteur dramatique espagnol qui sut concilier dans son œuvre héritage folklorique, tradition populaire et culture savante, et qui est sans doute l’écrivain hispanique le plus célèbre après Cervantès.
Vie et mort d’un poète
Expériences et expérimentations
Né à Grenade, dans une famille de la bourgeoisie andalouse aisée et libérale, Federico García Lorca s’initia très jeune à la peinture, à la poésie et à la musique. Durant ses études de droit et de lettres aux universités de Grenade et de Madrid, il se lia d’amitié avec Salvador Dalí, Luis Buñuel et Rafael Alberti, en compagnie desquels il se passionna pour les premières expérimentations littéraires et picturales du surréalisme.
Dès 1920, il fit représenter sa première pièce, le Maléfice de la phalène, une comédie en vers qui n’obtint aucun succès. Il se consacra alors exclusivement à la poésie!; la publication de Canciones (1921) et du Romancero gitano (1928), où s’exprimait l’influence de la tradition orale andalouse, lui valut bientôt une notoriété croissante.
Il voyagea aux États-Unis, à Cuba (1929-1930), puis en Argentine et en Uruguay (1933-1934). En 1931, la publication de Poème du Cante jondo réaffirmait l’importance du chant gitan et de l’univers surréaliste dans son inspiration poétique. Cependant, l’expérience du Nouveau Monde, notamment la découverte marquante du continent sud-américain, fut source pour lui de renouvellement et d’enrichissement thématique: c’est ce dont témoignent la complexité savante et le lyrisme exubérant du recueil Poète à NewYork (1934).
La maturité et les travaux pour la Barraca
En 1935, García Lorca renoua avec sa passion pour l’art dramatique en fondant, avec une troupe de jeunes acteurs, la compagnie théâtrale la Barraca, qui se proposait de parcourir l’Espagne afin de faire découvrir au public populaire les grands classiques du théâtre espagnol (Cervantès, Lope de Vega, Calderón).
Cette expérience fut, pour l’écrivain, l’occasion de se consacrer tout entier à l’activité théâtrale!; il fit d’abord jouer ainsi une série de ses comédies où s’exprimaient toute la verve et toute la fantaisie du peuple andalou, Amour de Perlimplin et de Bélise dans leur jardin (1931)!; la Savetière prodigieuse (1929-1933) ou Doña Rosita la célibataire (1930).
Par la suite, il fit représenter une trilogie de pièces tragiques, considérées comme les plus représentatives et les plus importantes de son œuvre théâtrale: Noces de sang (1933)!; Yerma (1935) et la Maison de Bernarda (1936). À cette trilogie dramatique, il faut ajouter une pièce inachevée, le Public (1936).
Connu pour ses sympathies de gauche et son engagement auprès des plus défavorisés, García Lorca fut arrêté à Grenade aux tout premiers jours de la guerre civile espagnole, bien qu’il n’eût aucune activité politique à proprement parler. Il fut fusillé par la garde franquiste, dans des conditions demeurées mystérieuses, le 19août 1936. Il a laissé de nombreux manuscrits inédits, plusieurs centaines de dessins et toute une série de projets dramatiques.
Œuvre
L’écriture de García Lorca, profondément enracinée dans la culture et le génie de la terre andalouse qu’il a magnifiés, est parcourue de références multiples: le baroque espagnol, le romantisme, le symbolisme européen, mais aussi les avant-gardes diverses des années 1920. À partir de ce réseau complexe d’influences, le poète sut créer une œuvre unique, profondément originale, échappant à tout classement.
Poésie
Si sa poésie ardente et contrastée rapprochait en effet l’imaginaire savant de l’univers baroque, la modernité surréaliste et le répertoire poétique populaire ancien, c’était pour en extraire une rêverie très personnelle, hantée notamment par les figures de la séparation et de la mort -et plus particulièrement de la mort violente-, comme l’illustrait, en 1934, le célèbre Chant funèbre à Ignacio Sanchez Mejias, un toréro tué dans l’arène. La quête existentielle de Lorca fit de la poésie le moyen suprême par lequel inscrire les visages multiples de la vie au cœur même de la douleur inhérente à la condition humaine. Voir Poésie.
Théâtre
Dans la continuité de son travail poétique, le théâtre de Lorca illustrait son amour pour les traditions populaires, la gaîté et l’humour andalous, qu’il revisitait dans une veine légère, en laissant transparaître cependant les préoccupations sociales et les interrogations politiques de son temps.
D’une tonalité sombre et grave, les pièces de sa trilogie ont souvent été comparées aux tragédies de la Grèce ancienne. García Lorca y mit en scène les visions obsédantes qui parcouraient son âme: la passion amoureuse qui conduit inéluctablement vers la mort dans Noces de sang, le drame solaire de la stérilité dans Yerma et enfin, l’enfermement, la folie et la solitude extrême dans la Maison de Bernarda alba.
Pièce plus déroutante encore dans sa conception et dans sa construction (elle fait évoluer ensemble plusieurs niveaux d’actions et de situations), le Public convoquait à nouveau dans l’œuvre de Lorca le thème de la quête de l’identité humaine. La mort tragique et prématurée de l’écrivain l’empêcha de poursuivre cette œuvre ambitieuse et moderne. Voir Drame et art dramatique.

Alberti, Rafael (1902- ), écrivain et peintre espagnol. Ayant abandonné ses études pour se consacrer à la peinture, il peint les paysages de sa campagne andalouse où sa santé précaire le retient et lit les poètes romantiques et modernistes, Gustavo Adolfo Bécquer, Rubén Darío et Juan Ramón Jiménez. Ses premières œuvres allient une inspiration populaire à une forme achevée: Marin à terre (1925, prix national de littérature), l’Aube de la giroflée (1926-1927), l’Amante (1926). À chaux et à sang (1926-1927), recueil de poèmes d’une grande virtuosité technique, reflète l’influence de Góngora dont on célébrait alors le tricentenaire de la mort, et constitue l’ouvrage charnière qui fait la transition entre la première et la seconde manière d’Alberti: celle-ci s’ouvre par une œuvre d’inspiration surréaliste (Sur les anges, 1929) qui témoigne d’une profonde crise intime marquée par la rupture du poète avec le milieu bourgeois de son enfance, son engagement public à mettre son «!œuvre au service du peuple et du prolétariat international!» et son inscription au Parti communiste espagnol en 1931. Toutefois, dès cette date, Alberti écrit surtout des œuvres de combat: l’Homme inhabité (1931) dénonce une société hostile, mécanisée et aliénante!; une pièce de théâtre, Fermin Galán (1931), rend hommage au premier martyr de la IIeRépublique espagnole. En 1934, il fonde une revue de combat, Octubre, et est nommé secrétaire de l’Alliance des intellectuels antifascistes. Pendant la guerre civile, Alberti dirige la revue El Mono azul et publie notamment D’un moment à l’autre (1930-1939), recueil de poèmes qui clament avec une forte intensité lyrique l’urgence de la rébellion face à la misère, l’ignorance, l’oppression et la mort. L’exil en Argentine (1939-1964), où le contraint la défaite des républicains, lui inspire notamment Entre l’œillet et l’épée (1944), évocation nostalgique de l’Espagne, une trilogie rustique (le Trèfle fleuri, 1942!; le Repoussoir, 1944!; la Gaillarde, 1944-1945), et une pièce politique (Nuit de guerre au Prado, 1956!; publication en Espagne, 1975). Après un voyage en Europe centrale, en URSS et en Chine (le Printemps des peuples, 1955-1957!; Souris, Chine, 1958), de longues années d’exil à Rome (Rome, péril pour des voyageurs, 1964-1975), Alberti rentre en 1977 en Espagne, et renonce, quelques mois après avoir été élu, à son siège de député communiste à Cadix, pour se consacrer à la poursuite de son œuvre que couronne, en 1983, le prix Cervantès.

Aleixandre y Merlo, Vicente (1898-1984), poète espagnol.
Vicente Aleixandre y Merlo naît à Séville!; il est le fils d’un ingénieur des transports ferroviaires. Il fait des études de droit et de gestion commerciale, puis enseigne de 1920 à 1922. C’est en 1925 qu’il compose ses premiers poèmes, alors qu’il souffre d’une grave maladie. Les poèmes lyriques de son premier volume, Enceinte (Ámbito, 1928), de facture classique, manifestent son intérêt pour la nature mais, dès les années quarante, il se tourne vers une poésie en vers libres, empreinte de surréalisme et profondément pessimiste. Cette poésie porte les traces de son engagement contre le fascisme, mais s’attache aussi à des questions plus intimes, comme l’amour et l’angoisse de la mort. Aleixandre influence profondément la génération de poètes espagnols du milieu du XXesiècle. Sa poésie est interdite pendant la guerre entre 1936 et 1944, mais il entre à l’Académie royale espagnole en 1949. Ses principaux recueils de poésie sont la Destruction ou l’Amour (la Destrucción o el amor, 1935) et Ombre du paradis (Sombra del paraíso, 1944), Monde solitaire (Mundo a solas, 1950), un recueil de textes datant des années trente, puis deux recueils complémentaires, Dernière naissance (Nacimiento ultimo, 1953) et Histoire du cœur (Historia del corazón, 1954). Il écrit, par la suite, des textes qui sont autant de portraits d’amis, les Rencontres (los Encuentros, 1954-1958) et les Nouvelles Rencontres (Nuevos Encuentros, 1956-1967). En 1977, il se voit décerner le prix Nobel de littérature.

Hernández, Miguel (1910-1942), poète et auteur dramatique espagnol qui combattit avec les républicains pendant la guerre civile espagnole, et dont l’œuvre tragique associe une prosodie lyrique traditionnelle et une sensibilité tout à fait contemporaine.
Autodidacte nourri de lectures classiques (en particulier Garcilaso de la Vega), communiste depuis l’âge de vingt-six ans, Hernández s’engagea aux côtés des partisans pendant la guerre d’Espagne, ce qui lui valut d’être condamné à mort, puis à la prison à perpétuité par les fascistes victorieux. Il mourut, en prison, de tuberculose à l’âge de trente et un ans.
Sa poésie se caractérise par un lyrisme intense, que ce soit dans la poésie très travaillée de son premier recueil de vers, Perito en lunas («!Expert en lunes!», 1933), ou dans les sonnets de tournure classique de El Rayo que no cesa («!la Foudre perpétuelle!», 1936). Ses thèmes privilégiés, directement issus de son expérience personnelle, restèrent l’amour, la mort, la guerre et l’injustice!; il s’orienta pourtant de plus en plus nettement vers une poésie engagée, et vers des formes dépouillées auxquelles répondent des thèmes simples, comme la vie champêtre. En prison, il composa encore une série de poèmes nostalgiques et profondément émouvants dédiés à sa femme, Cancionero y romancero de ausencias («!Recueil d’absence!», 1938-1941, publié en 1958).

Celaya, Gabriel (1911-1991), poète espagnol.
Né à Hernani (Guipúzcoa), de son vrai nom Rafael Gabriel Mújica Celaya, il se rend à Madrid pour y effectuer des études d’ingénieur industriel. Installé à la Résidence des étudiants de Madrid, grand foyer intellectuel de l’époque, il fait la connaissance de Lorca, Alberti, Ortega y Gasset, Unamuno ou encore Jiménez, au contact desquels s’affirme son goût pour la poésie. Toutefois, de longues années durant, Celaya concilie son travail d’ingénieur dans une entreprise familiale de Guipúzcoa avec son activité d’écrivain. Ce n’est qu’en 1956 qu’il s’installera définitivement à Madrid pour se consacrer pleinement à la poésie. Son premier recueil poétique, Marée de silence (Marea del silencio, 1935), montre sa proximité avec le surréalisme, dont il a d’ailleurs côtoyé les membres à l’occasion d’un séjour en France. En 1947, rompant un silence d’une dizaine d’années, il fonde avec Amparo Gastón, sa compagne, la revue et la collection de poésie Norte, qui deviendront un foyer de résistance actif au franquisme. Durant cette décennie, il publie plusieurs recueils, notamment Mouvements élémentaires (Movimientos elementales, 1947) et Objets poétiques (Objetos poéticos, 1948). Dans les années cinquante, proche du Parti communiste, il se tourne vers une poésie sociale au service de son combat. Ses recueils à cet égard les plus significatifs sont: Cartes sur table (las Cartas boca arriba, 1951), Chants ibères (Cantos íberos, 1955), Au grand jour (De claro en claro, 1956), les Résistances du diamant (las Resistancias del diamante, 1957). Il publie, en 1969, ses Poésies complètes (Poesías completas). Surtout connu pour ses poèmes, dont certains ont été mis en chansons par Paco Ibañez, Celaya n’en a pas moins écrit des essais politiques, des pièces de théâtre et des romans. Il a, enfin, traduit Rilke, Blake, Rimbaud et Eluard.

Cela, Camilo José (1916- ), écrivain espagnol, lauréat du prix Nobel de littérature, auteur d’œuvres de fiction, de poésies et de récits de voyages. Né à Padrón, Cela fit ses études à l’université de Madrid et servit dans l’armée du général Franco, pendant la guerre civile en Espagne. Son adhésion première aux thèses franquistes, puis son rejet plus tardif du pouvoir dictatorial de Franco affectèrent profondément sa carrière et ses intérêts littéraires. Il écrivit tout d’abord des poèmes, révélant un pessimisme social accompagné d’une recherche inquiète de sa propre identité. Son style d’un réalisme brutal, que l’on dénomma tremendismo, s’affirme dès son premier roman, la Famille de Pascual Duarte (1942). En 1944, Pavillon de repos décrit l’univers du sanatorium où Cela, atteint de tuberculose dans sa jeunesse, fit plusieurs séjours. Son travail se caractérise par une recherche autant stylistique que dramatique ou morale, comme en témoigne son roman d’avant-garde sur la guerre d’Espagne SanCamilo, 1936 (1969) utilisant le mode de narration du courant de conscience cher à Faulkner. Il est aussi l’auteur de la Ruche (1951), qui dépeint la vie d’un modeste café madrilène et fut interdit par la censure franquiste, et de l’étrange Mrs.Caldwell parle à son fils (1953). En 1956, Cela fonda la très influente revue littéraire espagnole Papeles de Son Armadans, dont il devint rédacteur en chef. Parmi ses récits de voyage, on retiendra Voyage en Alcarria (1948) et Du Miño à la Bidassoa (1952). Toujours à la recherche d’innovation stylistique, Cela a publié certains de ses romans les plus importants au cours des années 1980: les Vases communicants (1981), Mazurka pour deux morts (1983). Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1989.

Matute, Ana María (1926- ), romancière espagnole, l’une des voix les plus personnelles et les plus isolées de la littérature espagnole.
Née à Barcelone, profondément marquée dans sa jeunesse par la guerre civile espagnole, Ana María Matute place tout naturellement, dès son premier ouvrage, ce thème douloureux au centre de son œuvre. Représentant la guerre civile comme un affrontement fratricide, elle choisit d’en décrire les bouleversements à travers, notamment, le regard d’«!enfants effrayés!» («!niños asombrados!») ou de protagonistes adolescents. Ce choix, que l’on retrouve dans tous ses romans, permet d’installer une distance entre la réalité des événements accompagnant la guerre civile et la perception et la compréhension qu’en ont les enfants. Cela crée ainsi un univers en marge de la réalité. Parmi ses œuvres, qui, empreintes à l’origine d’un grand lyrisme, tendront peu à peu vers une réalisme exacerbé, on peut citer: los Abel (1948), Fiesta al noroeste (1953), Pequeño teatro (1954), los Hijos muertos (Plaignez les loups, 1958), Los soldados lloran de noche (Les soldats pleurent la nuit, 1964). Après plusieurs années d’un grand silence narratif, elle obtient, en 1984, le prix national de la littérature enfantine avec l’œuvre Solo un pie descalzo, puis est élue académicienne à l’Académie royale espagnole (Real Academia Española).

Goytisolo, Juan (1931- ), romancier espagnol.
Né à Barcelone, au sein d’une famille cultivée, il vit une enfance heureuse que vient brutalement interrompre la guerre civile. Sa mère meurt sous les bombes franquistes en 1938. Après une scolarité chez les pères, puis des études de lettres et de droit, il entre dans la diplomatie et fuit l’Espagne. Au cours de ces années, il se familiarise avec les grands classiques étrangers (Proust, DosPassos, Malraux, Gide, Hesse, Hemingway, etc.). Il s’installe en 1956 à Paris, ville dans laquelle il réside depuis lors, tout en effectuant de fréquents séjours à Marrakech et en enseignant dans des universités américaines et canadiennes.
Révélé en 1954 par Jeux de mains (Juegos de manos) -évocation du désenchantement de la jeunesse et de sa révolte impuissante sous la dictature franquiste, vigoureusement dénoncée-, Goytisolo poursuit dans cette même veine -appelée «!réalisme critique!»- et sort successivement Deuil au Paradis (Duelo en el paraíso, 1955), le Ressac (la Resaca, 1958) et Fiestas (1958). Il expose dans un essai publié l’année suivante les fondements théoriques de son œuvre: Problemas de la novela.
Opposant farouche au régime franquiste, il continue d’exploiter quelque temps (de Paris où il s’est définitivement installé) la veine réaliste et sociale -le Cirque (el Circo, 1957), Danses d’été (Fin de fiesta, 1962), etc.- mais finit par s’en détourner!; Pièces d’identité (Señas de identidad, 1966) est à cet égard une œuvre charnière, qui marque le passage d’une prose classique à une écriture plus expérimentale, qui se donne pour fin d’étudier les racines profondes de l’Espagne. De plus en plus manifeste, cette rupture avec le réalisme social de ses œuvres antérieures se lit dans des romans allégoriques tels que Don Julián (Reivindicación del conde don Julián, 1970), Juan sans terre (Juan sin tierra, 1975), et Makbara (1980)!; depuis le Maroc, où il séjourne régulièrement, le narrateur se livre à une entreprise méthodique de «!démythification!» de la culture espagnole et de dénonciation des valeurs occidentales. Goytisolo appelle à travers ses romans -où se profilent l’influence des formalistes russes et celle des théories de l’intertextualité- à un métissage des cultures européenne, asiatique et africaine. Citons également les titres suivants: Paysages après la bataille (Paisajes después de la batalla, 1982), les Vertus de l’oiseau solitaire (las Virtudes del pájaro solitario, 1988), la Cuarentena (1990) et plus récemment el Sitio de los sitios (1995), sur la guerre dans l’ex-Yougoslavie. Il a également publié deux livres de mémoires à caractère polémique, Chasse gardée (Coto vedado, 1985) et les Royaumes déchirés (En los reinos de taifas, 1986), ainsi que de nombreux essais dont Paysages de guerre sur fond de Tchétchénie en 1996.

Arrabal, Fernando (1932- ), écrivain et cinéaste espagnol d’expression espagnole et française, fondateur du «!théâtre panique!».
Né à Melilla (Maroc espagnol), Arrabal est profondément marqué dans sa jeunesse par l’exécution de son père durant la guerre civile espagnole. Influencé par les surréalistes, il publie des pièces habitées par un esprit de totale révolte et par un sens aigu de la transgression. Anticlérical, antimilitariste et violemment irrespectueux, son «!théâtre panique!», imaginé en collaboration avec Jodorowsky et Topor, s’inspire du «!théâtre de la cruauté!» d’Artaud et du Living Theater américain. Considérant que la nature même du drame implique une relation de type sadomasochiste entre les personnages et le spectateur, il met en scène un monde cruel et amoral, dans lequel l’érotisme et la perversité occupent une place importante (Fando et Lis, 1955!; le Cimetière des voitures, 1958!; Pique-nique en campagne, 1959!; le Jardin des délices, 1967!; l’Architecte et l’Empereur d’Assyrie, 1967). Sans jamais abandonner sa lutte contre le pouvoir franquiste (Baal Babylone, 1959), il exprime toutefois un certain nombre de réserves à l’égard du marxisme (Lettre aux militants communistes espagnols, 1978!; Lettre à Fidel Castro en 1984, 1983). Poétique et violent, son cinéma apparaît comme un prolongement de son univers dramatique (Viva la Muerte, 1971!; J’irai comme un cheval fou, 1973). Outre les textes qu’il a rédigés lors de sa période surréaliste, on lui doit un roman (la Tour prends garde!!, 1983), dont le titre rappelle sa passion pour les échecs et le jeu en général.