Littérature, culture du Mexique.

Le Mexique sans folklore Salon du livre. Sous l’invocation d’Octavio Paz et de Carlos Fuentes.

C’est la dernière fois que le Salon du livre de Paris devrait honorer une littérature étrangère. Bonne raison pour prêter attention à cette manifestation qui réunira une quarantaine d’invités mexicains, porte de Versailles, du 13 au 18 mars.

Philippe Nourry, le 12-03-2009

Beaucoup sont encore totalement inconnus du grand public français et, à la vérité, il serait vain, le plus souvent, de traquer dans leurs oeuvres ces traces de spécificité “exotique” qui permettaient de reconnaître immédiatement la “mexicanité” de leurs aînés, ces écrivains des années 1920 à 1950 – les Mariano Azuela, les Martín Luis Guzmán, les Juan Rulfo –, dont les récits étaient solidement ancrés dans l’âpre terroir hérité de la Nouvelle-Espagne et le folklore épique de la révolution.

Les écrivains de la nouvelle génération mexicaine, nés dans les années 1940 à 1950, sont, pour la plupart, des “urbains”, fascinés par leur capitale tentaculaire, ses problèmes sociaux ou psychologiques et ses nouvelles légendes, comme José Agustín, José Emilio Pacheco, Álvaro Uribe ; des maîtres du “polar”comme Paco Ignacio Taibo II, des “cosmopolites” avérés comme Alberto Ruy-Sánchez, disciple de Roland Barthes et chantre des délicatesses de Mogador, ou, a contrario,un Jorge Volpi qui poursuit une oeuvre satirique ambitieuse et remarquable en ciblant tour à tour, dans la veine du Bouvard et Pécuchet de Flaubert, l’imposture parisienne de l’intelligentsia structuraliste et lacanienne (la Fin de la folie, Plon, 2003) ou notre incapacité à inventer un monde meilleur malgré l’effondrement du mur de Berlin (le Temps des cendres, 2008). À monde globalisé, auteurs mondialisés ! Cela dit, ce changement d’optique, comme de thèmes narratifs, doit encore beaucoup aux deux grands “passeurs” des lettres mexicaines vers une modernité plus résolument universelle : Octavio Paz et Carlos Fuentes, les seuls noms qui aient réellement atteint à la célébrité mondiale.

Les évoquer, c’est inévitablement remonter le temps et partir à la recherche des racines littéraires du Mexique, car l’un et l’autre, le Prix Nobel 1990, disparu il y a dix ans déjà, et l’auteur fertile d’un nombre impressionnant d’essais et de romans, n’ont cessé d’accomplir cette démarche en cherchant à percer le mystère métis de l’âme mexicaine.

Une littérature qui ne se réduit pas aux cavalcades de Pancho Villa

Tous deux passés par la diplomatie, comme nombre d’écrivains mexicains, et donc frottés à toutes sortes de civilisations – le Japon et l’Inde pour Paz, l’Europe essentiellement et les États-Unis pour Fuentes –, ils avaient tout le recul et la culture nécessaires pour sortir les lettres mexicaines du cadre étroit du récit national fécondé par les cavalcades de Pancho Villa et d’Emiliano Zapata.

Relire l’Ombre du Caudillo ou l’Aigle et le Serpent de Martín Luis Guzmán, qui fut le fidèle secrétaire de Villa, demeure un plaisir certain. Et plus encore l’oeuvre brève mais magnifique de Juan Rulfo (1918- 1986), auteur de Pedro Páramo et du Llano en flammes. Dans ce court roman et ces nouvelles où s’exprime l’aride désolation des destins paysans, pointe en effet une interrogation métaphysique qui dépasse déjà le simple romanesque et annonce l’essai magistral d’Octavio Paz, ce Labyrinthe de la solitude (1957), où la vision d’un poète et d’un humaniste désengagé des idées anarchistes ou marxistes de sa jeunesse (Paz sera l’anti-Neruda de l’Amérique latine) plonge au coeur même de l’identité mexicaine par les chemins de l’universel.

Le sang indien dominait largement chez Paz, qui n’en revendiquera pas moins l’héritage à part égale de Quetzalcóatl et de Don Quichotte ; le sang européen est presque pur chez Fuentes, élégant gentleman qui fête cette année ses 81 printemps. Pour des raisons obscures qui n’ont pas vraiment d’intérêt, ces deux grands écrivains ne frayèrent jamais vraiment ensemble. Mais leurs oeuvres, bien que très différentes, se rejoignent dans la même transcendance littéraire et le même dépassement des anciennes et furieuses polémiques mexicaines.

La révolution de 1910, dont l’idéologie et les effets se prolongèrent pratiquement jusqu’à la Seconde Guerre mondiale sous le gouvernement ultranationaliste du président Cárdenas, avait, en effet, imposé au pays une vision absurdement manichéenne de son passé, rejetant son histoire coloniale pour mieux encenser la mémoire de la résistance indigène à la conquête espagnole. S’ajouta aussi à cette nouvelle “Vulgate”, illustrée par de grands muralistes – Rivera, Siqueiros,Orozco –, un anticléricalisme intolérant, qui provoqua dans plusieurs États de la Fédération, entre 1926 et 1929, une véritable guerre civile, la Cristiada, toile de fond des romans et récits de Graham Greene, la Puissance et la Gloire et Routes sans lois.

Vingt ans plus tard, les grandes oeuvres de Paz et les premières de Fuentes coïncident avec l’apaisement des esprits et la fin du temps des troubles.Dans sa version d’après-guerre, le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), hégémonique jusqu’à la fin du siècle, brillera en effet davantage par le second terme de sa dénomination que par le premier…

Chez Fuentes, le thème de la révolution trahie par les siens soustend un de ses meilleurs romans, la Mort d’Artemio Cruz (1962),tandis que la Plus Limpide Région (la Región más transparente, 1958) sonnait comme un écho reconnaissant à l’oeuvre, elle aussi très éloignée de tout militantisme,d’un grand aîné, le poète et critique Alfonso Reyes (1889-1959), qui avait placé en exergue de sa Vision de l’Anahuac (préfacée en 1927 par Valery Larbaud) : «Voyageur, te voilà arrivé à la région où l’air est le plus transparent. »

Renouer avec l’esprit de Reyes, grand admirateur du Siècle d’or espagnol, c’était aussi réconcilier les Mexicains avec leur langue matricielle, le castillan (les peuples précolombiens n’ayant pas laissé d’écriture), et avec le glorieux passé littéraire de la Nouvelle-Espagne, patrie d’au moins deux grands écrivains, Juan Ruiz de Alarcón (1581-1639) et la poétesse sor Juana Inés de la Cruz (1651-1695). L’exil au Mexique de nombreux intellectuels espagnols fuyant la guerre civile ou le régime de Franco avait déjà puissamment contribué à resserrer des liens de fraternité hispanique.

Après avoir offert aux lecteurs de Terra nostra et de Christophe et Son oeuf une généalogie inspirée du Nouveau Monde, Fuentes n’aura de cesse de rappeler à ses compatriotes, dans le Miroir enterré comme dans l’Oranger (1995), que sa patrie première est la langue de Cervantès, que toutes les mémoires du passé (fussentelles jadis ennemies) doivent être prises en compte, « car seul le passé, qui est toujours à parfaire, nous donne un avenir ». Octavio Paz, l’ancien surréaliste, ne dira pas autre chose lorsque, peu avant sa mort il participa en vedette, à Avignon, à l’un de ces nombreux débats auxquels il aura assisté pour discuter des valeurs contemporaines de l’hispanité. En avant-propos de l’imposante anthologie de la littérature mexicaine qu’ont publié les éditions La Différence, Philippe Ollé-Laprune s’interroge sur le grand prestige a priori dont semble jouir la culture mexicaine, alors qu’elle demeure, de fait, assez mal connue.Les écrivains mexicains, à l’exception de Fuentes, semblent en effet être restés en marge du fameux envol latino-américain qui fit la fortune du Colombien García Márquez et du Péruvien Vargas Llosa. Encore Fuentes se révèle-t-il meilleur dans l’essai historié ou romancé que dans le romanesque pur.Ce qui, ajouté à l’exemple d’Octavio Paz, nous inciterait à penser, si le roman n’avait maintenant la faveur des nouvelles générations, que la littérature mexicaine est fondamentalement l’oeuvre de penseurs et de poètes.

Mais la culture mexicaine tient aussi dans ses paysages envoûtants si parfaitement typés, dans l’esthétique de son cinéma des années 1940 (María Candelaria avec Dolores del Rio, Enamorada avec María Félix), bientôt fécondé par Luis Buñuel. Et surtout dans la séduction que ce pays exerça sur tant d’écrivains étrangers. Et là, on pense à D. H. Lawrence, à Graham Greene, déjà cité,à Malcolm Lowry et son consul pathétique d’Au-dessous du volcan, à Carlo Coccioli, Toscan “rapté” par l’aigle aztèque. Or, la série continue : c’est aussi au Mexique que résident la plupart du temps García Márquez et son compatriote Álvaro Mutis. Le Mexique est un pôle. Et c’est ainsi que sont grands Cortés et Moctezuma réconciliés !

Notre sélection

Dans le cadre du Salon du livre, voici un choix d’oeuvres à découvrir et d’auteurs à rencontrer sur le vaste stand du pavillon mexicain. Dessiné par l’architecte Bernardo Gómez- Pimienta, ce pavillon de 1 000 mètres carrés accueille les principales maisons d’édition mexicaines, une exposition d’objets-livres, et propose de nombreuses animations, dont un cycle de rencontres “Une heure avec…”et des séances de signatures.

À lire

Des châteaux en enfer, de Vilma Fuentes, Actes Sud, 320 pages, 21,80 €.
Le Temps des cendres, de Jorge Volpi, Seuil, 544 pages, 22,80 €.
Le Bonheur des familles, de Carlos Fuentes, Gallimard, 454 pages, 22,50 €.
Vies perpendiculaires, d’Álvaro Enrigue, Gallimard, 246 pages, 19,50€.
Dossier de l’attentat, d’Álvaro Uribe, Verdier, 192 pages, 15,50 €.

Aux éditions de La Différence :
Cent ans de littérature mexicaine, sous la direction de Philippe Ollé-Laprune, 800 pages, 45 €.
Mexique, les visiteurs du rêve, de Philippe Ollé-Laprune, 160 pages, 15 €.
Mexico midi moins cinq, de José Agustín, coll. “Minos”, 344 pages, 21 €.

De Vilma Fuentes :
la Castaneda, coll. “Minos”, 280 pages, 10 € et Gloria, coll. “Minos”, 278 pages, 15€.

De José Emilio Pacheco :
“Tu mourras ailleurs”, coll. “Minos”, 184 pages, 8 €; et Batailles dans le désert, coll. “Minos”, 92 pages, 6 €.

À rencontrer

Trente-sept écrivains mexicains seront présents, dont Carlos Fuentes, Paco Ignacio Taibo II, Jorge Volpi, José Agustín,Vilma Fuentes, Álvaro Uribe,Briceida Cuevas Cob. Sur Internet : www.salondulivreparis.com.

http://www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/html/fr/articles.php?article_id=4303

Carlos Fuentes con RFI

por Enrique Atonal

Artículo publicado el 13/03/2009 Ultima reactualización 13/03/2009 17:20 TU

La Actualidad Cultural hoy fue transmitida en directo desde el 29° Salón del Libro de París, con México como país invitado. Casi 40 escritores mexicanos participan en esta Feria del Libro. Joaquín Díez-Canedo, que acaba de ser nombrado director del Fondo de Cultura Económica, es el invitado de RFI.

Este miércoles en la Biblioteca Nacional de Francia, el escritor mexicano Carlos Fuentes dio una conferencia en francés sobre "La nueva novela latinoamericana". Ante un numeroso público, Fuentes empezó su intervención citando a Cantinflas con su famosa frase "qué falta de ignorancia". Y esto, para rendir homenaje a la oralidad, a las culturas indígenas, a "la memoria y la imaginación" base de toda ficción.

Desfilaron así el "realismo mágico" desde los cronistas españoles, y los períodos, como la colonia o las dictaduras, que reprimieron la imaginación, y por lo tanto la novela. Al esbozar el panorama actual de la novela, Carlos Fuentes, citó individualidades de cada país, desde Argentina a Chile, pasando por Perú, Colombia o México. "Desde el boom que explotó, hasta el crack que desgarra". Tuvieron menciones especiales sus compatriotas Daniel Sada, Alvaro Uribe, Mario Bellatín, Jorge Volpi e Ignacio Padilla entre otros.

Al terminar la conferencia, RFI le preguntó, en esa relación íntima que para él tiene la realidad con la novela, y sobre todo con la imaginación: ¿es hoy la violencia la materia prima de la novela?

Escuchar:
http://www.rfi.fr/actues/articles/111/article_11163.asp